Alvin Ailey Dance Company

D’ailleurs, la Révélation

En plagiant le philosophe Jean-Luc Marion, pour le titre de ces quelques mots sur la compagnie à ne surtout manquer sous aucun prétexte de passage à Paris, oui : c’est à dessein. J’aurais en effet pu vous parler de Communio, le nom de la revue qu’il a initiée. Mais pourquoi, me direz-vous ? 

Parce que le programme parisien de la Première au Palais des Congrès de la ALVIN AILEY Dance Company s’inscrit bel et bien dans un héritage théologique. Il n’est que de voir, les yeux grands ouverts, la beauté stupéfiante des danseurs, leurs différences physiques autant que d’origines reliées en un seul corps – l’Art.

Aujourd’hui, le 7 octobre, triste anniversaire du départ de Patrice Chéreau, les gens font la gueule dans le métro ; sous la pluie parisienne ; et même à l’entrée du Palais. Cette même foule ressort littéralement transformée à l’issue de la représentation (après sa standing ovation, va de soi). Mais pourquoi, me direz-vous ?

Car Alicia Graf Mack, la Directrice du Ballet, nous a permis d’atteindre un moment de grâce. Que les danseurs évoluent pieds nus sur des ondulations post modernes, qu’ils brillent de virtuosité néoclassique, qu’ils évoquent certaines postures de la Graham de Lamentation, ou qu’ils, enfin et surtout, offrent la sublime envolée d’espérance de Revelations, non, Vous n’en sortiriez pas indemnes.

Cela étant, aucune envie de ma part de mettre dans d’odieuses cases de Krump ou d’héritage Jazz ou encore Hip-Hop la palette monumentale de diversité que la Compagnie Ailey peut faire avec une justesse accéléré.

Le noeud crucial est ailleurs – dans tous les sens du terme.

Ailleurs, parce qu’en notre ère de perditions de valeurs, le regain de foi nous vient ici des USA.

Ailleurs, car seul un Dieu peut encore nous sauver (appelez-le comme vous voulez).

Puisque l’Ailleurs est la dot du mariage entre un monde terrestre enlisé dans sa morbide recrudescence de racismes sous toutes ses figures du mal, d’homophobie bienpensante, de peur panique de l’Altérité, pourtant si précieuse…

Donc, D’ailleurs, la Révélation. 

Je sors du Palais des Congrès, le vent bruineux coule sur mes yeux déjà embués de larmes d’émotion vive. Pleine d’espoir que vous découvriez ce travail un jour prochain, que vous soyez qui que vous soyez. L’art Ré-Unit ou n’est point.

NB : j’ai eu l’immense chance de participer à une Table Ronde autour d’Alicia Graf Mack et Yannick Lebrun, Danseur français de la Compagnie. Pas question d’egos, de bombages de torses, de discours sur la grande fatigue dont on nous rebat les oreilles. Rien de tout ce fatras. El lieu et place : la grâce de la simplicité. Alicia a à coeur de faire vivre l’héritage de MR.A, par la technique… et l’humanité des danseurs et chorégraphes qu’elle fait participer à cela.

Yannick (ndlr : Lebrun), pour sa part, se sent chanceux, sans l’ombre du narcissisme, de danser avec ses pairs en hommage à Ailey. Un grand moment le temps d’un café, car une leçon d’humilité à la clef. Et que dire des adorables danseurs de la ALVIN AILEY Company rencontrés alentour ? Des anges… Foncez, vous dis-je.

Bérengère Alfort

Photo : Danica Paulos