L’Été Russe de Paul de Boisbrunet

« Ou… Quand la Danse s’en mêle »

La Danse…oui, définitivement, se mêle à tout, et de tout – définition par ailleurs phénoménologique de la Charité, « se mêler de ce qui ne nous regarde pas, afin d’accéder à l’espace d’aide envers Autrui ». Ici, précisément, sous la figure d’un autre visage de l’Amour que la Charité : celui du sentiment Érotique à l’état pur. Ou… Aimer à perte, Aimer à vue, Aimer de vue, une seule.

Car la seule apparition d’une ballerine, sous les dorures du Palais Garnier, suffit à Antoine, le personnage principal et narrateur du roman, pour tomber, à l’instar de la scène de la Folie Douce dans le ballet Giselle, amoureux de la danseuse étoile. Folie ? Plutôt que celle d’un Don Quichotte illusionné par des moulins à vent, je songerais à Pablo Neruda, affirmant valeureusement que « ces choses-là se font tout de suite ou ne se font pas. »

Aussi, Antoine, littéralement sidéré par l’expérience mystique de la Vision de la ballerine, se lance à perte, sans renoncer à son timide désir en tant que professeur de lettres inconnu du « milieu » de l’Opéra National de Paris, dans la recherche de sa dulcinée. Se heurtant à maints obstacles, puisqu’il n’est personne pour accéder à cette quête de la revoir.

Il y devra faire face, en preux chevalier, à l’épreuve de la mise en question de sa condition, par le père de la danseuse, dont les activités professionnelles sont avérées plus que douteuses du point de vue éthique. Boire convenablement en des verres de cristal, se tenir à table comme il sied à la bonne éducation, jusqu’au « test » de la chasse. Antoine vaincra ces cerceaux de feu. Mais…

Or, à l’instar d’un road movie, le narrateur parviendra à braver l’interdit. Sans peur de ce ballet de demandes, d’enquêtes, suivies du ballet des voyages en avion… jusqu’à Saint-Pétersbourg, où est retournée Anna Karolina.

Mais… Il y a un mais… Anna Karolina est fiancée. Comment ne pas songer à Nabokov, qui décrivit si puissamment, dans Le Guetteur, le désir meurtri puis transcendé, de son Amour pour Vania, fiancée à un autre, plus riche, plus noble, plus conforme à ce que la haute société attend d’un gendre…

 Sans, volontairement, dévoiler l’issue du roman, je puis me permettre de vous inviter à le lire, afin de savoir si… Si l’Amour, l’Amour, le Grand, l’Amour de la Danse, de la Femme Idéale – la ballerine – sont à même de parvenir à un dénouement heureux.

Or, chacun sait, par expérience, que le bonheur est, toujours, indéfectiblement, mêlé de désespoir, essence du Sublime : si je suis malheureux, l’Espérance me fait me relever ; si je suis heureux, j’ai la constante angoisse, en mon cœur palpitant, de perdre le sujet de ma Joie.

Et, pour « parler », ou plutôt dire quelque chose de l’Amour de la Danse(use), avez-vous vu Giselle ? Autrement dit, ce creuset où se mêlent Amour et Tragédie, Résurrection par la Grâce du Pardon à l’Amant… Et oui, donc, L’Été Russe, ou, quand la Danse s’en mêle. Mais… Ne se mêle-t-elle pas de Tout ?

Bérengère Alfort

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