Les immanquables de l’automne — Danse en Nouvelle-Aquitaine

De Bordeaux au Pays basque, la danse investit les scènes de Nouvelle-Aquitaine cet automne avec des spectacles aussi singuliers qu’engagés. Du temps aux questions de genre, de la répétition aux mécanismes de l’uniformité, chorégraphes confirmés et artistes d’aujourd’hui explorent nos gestes, nos corps et notre époque. Voici notre sélection des rendez-vous à ne pas manquer.

Entre-temps – Philippe Decouflé

Le temps est cette vieille tyrannie à laquelle nous obéissons avec une ponctualité remarquable. Nous le mesurons, le répétons, le décorons d’horloges et de souvenirs, comme si cela pouvait l’empêcher de nous dévorer. Philippe Decouflé préfère lui danser dessus. Entre fantômes de la danse, gestes recyclés, corps de tous âges et chansons ressuscitées, le passé revient hanter le présent. Une fête mélancolique où le temps, pour une fois, semble perdre la mesure.

Du 28 au 30 septembre TAP, scène nationale (Poitiers); Du 18 au 20 novembre La Coursive, scène nationale de La Rochelle ; Du 25 au 26 novembre Théâtre d’Angoulême

En même temps – Olivia Grandville

L’uniformité commence rarement par un coup de feu. Elle préfère les chemises bien repassées, les slogans inoffensifs et les mouvements exécutés « en même temps ». Dans En même temps, Olivia Grandville observe comment l’unisson, cette aimable vertu collective, peut devenir une machine à effacer les individus. Huit temps, neuf corps, puis les uniformes, les ombres et la mécanique totalitaire. Une démonstration brillante : il suffit parfois de danser ensemble pour découvrir à quel point nous sommes prêts à obéir.

Vendredi 2 octobre  Festival Cadences d’Arcachon, Le Miroir Gujan-Mestras ; Du 13 au 15 octobre 2026— tnba, Bordeaux – avec l’OARA et La Manufacture CDCN; vendredi 6 novembre Scène nationale du Sud-Aquitain, Bayonne; mardi 24 Novembre Espaces pluriels, Pau; Du 1 au 2 décembre La Coursive, scène nationale de La Rochelle

Je badine avec l’amour (PARCE QUE TOUS LES HOMMES SONT SI IMPARFAITS ET SI AFFREUX) – Sylvain Riejou

L’amour, cette vieille invention occidentale qui permet de faire croire que nos névroses ont une destinée. Dans Je badine avec l’amour, Sylvain Riéjou démonte avec tendresse les grands mythes romantiques : Dirty Dancing, Gainsbourg, La Sylphide, les étreintes, les ruptures et les poses de cinéma. Entre danse et théâtre, le chorégraphe expose aussi les coulisses de la fabrication artistique, là où l’on transpire, doute et recommence. Une comédie sur l’amour, donc, mais surtout sur notre besoin désespéré d’en raconter l’histoire.
jeu. 8 octobre
Centre de Beaulieu (Poitiers)

Sous les fleurs – Thomas Lebrun

L’homme moderne aime les catégories : elles évitent de penser. Thomas Lebrun préfère les fleurs. Avec Sous les fleurs, cinq danseurs inspirés des muxes mexicains brouillent joyeusement les frontières entre masculin et féminin. Robes brodées, gestes domestiques, sensualité et transes solitaires composent un tableau aussi splendide qu’inquiétant. Car derrière la fête, une question demeure : pourquoi la féminité chez un homme continue-t-elle de déranger ? Une pièce qui rappelle que le genre est peut-être moins une vérité qu’une habitude particulièrement bien gardée.

7 octobre Les Montreurs d’images, Agen; 12 et 13 novembre Théâtre Le Liburnia, Libourne

Rosas danst rosas – Anne Teresa de Keersmaeker

Quatre femmes assises sur des chaises, quatre corps pris dans la répétition, et soudain toute une civilisation semble prise en flagrant délit d’habitude. Avec Rosas danst Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker transforme les gestes ordinaires en mécanique chorégraphique : secouer la tête, croiser les jambes, se recoiffer, attendre. Rien de spectaculaire, donc — seulement la fascinante brutalité du quotidien. Créée en 1983, la pièce démontre avec une élégance implacable que la liberté peut parfois commencer par refuser de faire semblant que nos gestes sont innocents.

12 novembre Gallia Theatre (Saintes); 14 novembre Théâtre d’Angouleme

Close up – Noé Soulier

Dans Close Up, Noé Soulier fait subir à la danse ce qu’Hollywood fait subir au visage : un gros plan. Les gestes, débarrassés de leur contexte, deviennent suspects. Une main qui cherche, un corps qui esquive, une intention qui s’égare avant même d’avoir trouvé son objet. Soulier démonte ainsi notre manie de vouloir donner un sens à tout mouvement. Ici, le corps ne raconte pas une histoire : il fabrique du doute. Une pièce brillante où la chorégraphie devient une enquête sur nos propres illusions.

3 décembre Opéra de Limoges

Cédric Chaory

Visuel : Rosas danst Rosas-2026 Anne Van Aerschot