{"id":9942,"date":"2025-11-24T13:24:18","date_gmt":"2025-11-24T12:24:18","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=9942"},"modified":"2025-11-24T16:53:12","modified_gmt":"2025-11-24T15:53:12","slug":"vocation-de-solene-cerutti-entre-danse-foi-et-sororite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/11\/24\/vocation-de-solene-cerutti-entre-danse-foi-et-sororite\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Vocation\u00a0\u00bb de Sol\u00e8ne Cerutti entre danse, foi et sororit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-9943\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/solene.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Sol\u00e8ne et ses s\u0153urs<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Danseuse et chercheuse du corps, Sol\u00e8ne Cerutti a franchi les murs \u00e9pais des monast\u00e8res pour comprendre celles qui y vivent retir\u00e9es du monde. Intrigu\u00e9e depuis longtemps par les moniales \u2014 leurs gestes, leurs choix, leur myst\u00e8re \u2014 elle entame une immersion o\u00f9 danse, chant et anthropologie s\u2019entrem\u00ealent. Ses premi\u00e8res questions sur le corps et la sororit\u00e9 s\u2019effacent vite devant une \u00e9vidence : la foi. Reste alors \u00e0 d\u00e9couvrir ce qui, au-del\u00e0 de Dieu, relie profond\u00e9ment l\u2019artiste \u00e0 ces femmes.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>On la rencontre un midi lumineux dans le foyer d\u2019un th\u00e9\u00e2tre \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une de ses artistes qui donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre arriv\u00e9es l\u00e0 en plein mouvement : ni tout \u00e0 fait lanc\u00e9es, ni tout \u00e0 fait immobiles, prises dans cet \u00e9quilibre \u00e9trange o\u00f9 l\u2019on cr\u00e9e. Elle s\u2019installe \u00e0 la table avec cette joie discr\u00e8te de celles qui aiment parler du travail, mais qui, au m\u00eame moment, sont encore travers\u00e9es par ce que la pi\u00e8ce \u00e0 venir leur r\u00e9siste. Sol\u00e8ne Cerutti fr\u00e9quente L\u2019Horizon depuis longtemps \u2014 assez longtemps pour se souvenir de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ici, \u00e0 La Pallice, il n\u2019y avait m\u00eame pas de plancher. Juste un espace un peu brut, un peu r\u00eache, o\u00f9 elle cr\u00e9ait <em>Gibier, \u00e0 poil&nbsp;!<\/em> en 2013. Elle appartient aujourd\u2019hui au collectif du lieu, y revient r\u00e9guli\u00e8rement en r\u00e9sidence, parfois une semaine, parfois plus, comme on retourne sur un territoire n\u00e9cessaire. L\u2019endroit a chang\u00e9, elle aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Car si <em>Vocation<\/em>, la pi\u00e8ce qu\u2019elle commence \u00e0 fa\u00e7onner, s\u2019annonce comme un nouveau solo, c\u2019est aussi une nouvelle travers\u00e9e. Elle revient tout juste d\u2019un travail \u00e0 Cholet, o\u00f9, avec un costumier, elle avait le sentiment de tenir un fil clair \u2014 presque trop clair. Arriv\u00e9e \u00e0 L\u2019Horizon, tout se brouille, se noue, se recompose. Elle avance<em> \u00ab par petits pas \u00bb<\/em>, dit-elle, avec cette mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e0 elle de consid\u00e9rer le doute comme une mati\u00e8re de travail.<em> \u00ab Peut-\u00eatre que je suis dans une phase de mauvaise direction \u00bb<\/em>, confie-t-elle sans y croire vraiment. Chez elle, le chemin tortueux est souvent le bon.<\/p>\n\n\n\n<p>Son parcours, lui, ne suit pas une ligne droite non plus. Elle rencontre la danse contemporaine en 2000, dans les ateliers \u00e9tudiants d\u2019<strong>Herv\u00e9 Maigret<\/strong> puis de <strong>Laurent Falgui\u00e9ras<\/strong>. M\u00e9daill\u00e9e d\u2019or en contemporain au conservatoire de La Rochelle en 2004, elle file ensuite en\u00a0formation au CCN de <strong>Maguy Marin<\/strong>, \u00e0 Rillieux-la-Pape, o\u00f9 le mouvement devient autant une pens\u00e9e qu\u2019un geste. Elle se nourrit aupr\u00e8s de <strong>Yasmeen Godder, Rita Quaglia, <a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2022\/12\/07\/rhizikon-chloe-moglia\/\" title=\"\">Chlo\u00e9 Moglia<\/a><\/strong>, travaille pour diff\u00e9rentes compagnies de danse et de th\u00e9\u00e2tre. Puis viennent les soli, les premiers prix (Talents Danse Adami), et sa compagnie, fond\u00e9e en 2006 : <strong>L\u2019\u0152il de P\u00e9n\u00e9lope<\/strong>, un nom qui dit d\u00e9j\u00e0 son go\u00fbt pour les objets singuliers, les territoires humains inattendus.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Sol\u00e8ne a cette passion de se d\u00e9placer \u2014 non pas dans l\u2019espace, mais dans le regard. Elle aime rencontrer des gens <em>\u00ab \u00e0 mille lieues \u00bb<\/em> d\u2019elle, qu\u2019ils soient chasseurs \u00e0 l\u2019arc, femmes de marins, stripteaseuses devenues athl\u00e8tes de pole dance, ou religieuses clo\u00eetr\u00e9es. C\u2019est ce go\u00fbt qui l\u2019avait men\u00e9e \u00e0 cr\u00e9er <em>Sandrine ou Comment \u00e9crire ENCORE des spectacles quand on est f\u00e9ministe (et qu&rsquo;on aime la pole dance)<\/em><strong><em>,<\/em><\/strong> succ\u00e8s r\u00e9cent o\u00f9 elle explorait, avec humour et pr\u00e9cision, les contradictions d\u2019un corps f\u00e9minin pris entre d\u00e9sir, regard et empowerment.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec <em>Vocation<\/em>, le d\u00e9placement est plus silencieux, plus secret. La pi\u00e8ce n\u2019est pas sur la religion \u2014 elle insiste \u2014 mais sur les femmes qui deviennent s\u0153urs, sur ce qui les fascine, les attire, les pousse \u00e0 cet appel. Du XVIII\u1d49 si\u00e8cle \u00e0 nos jours, riches ou pauvres, contraintes ou volontaires, veuves ou r\u00e9tives au mariage, toutes partagent ce choix radical : se donner enti\u00e8rement \u00e0 Dieu. Elle d\u00e9crit le voile comme <em>\u00ab la main du Seigneur pos\u00e9e sur leur t\u00eate \u00bb<\/em>, une image saisie quelque part au fil de ses recherches et de ses retraites spirituelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Car elle est all\u00e9e \u00e0 leur rencontre, incognito, dans des monast\u00e8res de diff\u00e9rentes saisons, diff\u00e9rentes lumi\u00e8res. \u00c0 Cholet, elle a v\u00e9cu les sept offices du matin au soir, les vigiles \u00e0 4h20, les pas feutr\u00e9s, les voix qui r\u00e9sonnent derri\u00e8re les grilles lorsque les s\u0153urs demeurent invisibles. Elle raconte cette premi\u00e8re fois o\u00f9 elle ne les a entendues que sans les voir, cette rencontre fantasm\u00e9e, presque irr\u00e9elle. Un th\u00e9\u00e2tre d\u2019ombres, de bois, de voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment en faire une pi\u00e8ce ? Elle cherche. Elle t\u00e2tonne. Elle assemble ses images : une corde suspendue au grill pour symboliser le lien entre terre et ciel, des bougies, des gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans une chapelle, un livre que l\u2019on ouvre au bon moment, une phrase latine vocalis\u00e9e comme une relique. Pendant le process d\u2019\u00e9criture, sous le regard d\u2019<strong>Ana\u00efta Pourchot<\/strong>\u00a0(Cie Dakipayadanza),\u00a0 elle improvise, filme, \u00e9crit. Toujours entre le souvenir et le pr\u00e9sent de ses jours pass\u00e9s au monast\u00e8re et toujours avec cette exigence de ne jamais trahir les femmes qu\u2019elle a observ\u00e9es \u2014 sans pour autant chercher leur b\u00e9n\u00e9diction. Le mouvement, ici, veut rester mouvement, m\u00eame si tout, dans la vie moniale, semble l\u2019entraver, longue robe de nonnes oblige. Ce paradoxe l\u2019attire. <em>\u00ab Je veux que la pi\u00e8ce affirme la douceur \u00bb<\/em>, dit-elle. C\u2019est nouveau. Chez elle, la douceur n\u2019est pas une concession mais un choix radical, un renversement.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il y aura un moment o\u00f9 elle enfilera une robe de s\u0153ur. Elle ignore ce que ce geste provoquera \u2014 chez elle, chez les spectateurs. Elle sait aussi les craintes, les projections, les malentendus possibles. Elle les conna\u00eet&nbsp;: les programmateurs \u00e9taient r\u00e9ticents \u00e0 programmer sa pi\u00e8ce sur la pole dance de peur que le corps y soit trop sexualis\u00e9. Pour <em>Gibier<\/em>, c\u2019\u00e9tait son incursion dans le monde de la chasse qui ne faisait pas forc\u00e9ment r\u00eaver les directeurs de th\u00e9\u00e2tre. Finalement les deux pi\u00e8ces furent salu\u00e9es par le public et la critique. Alors Sol\u00e8ne avance avec discr\u00e9tion, port\u00e9e par cette conviction discr\u00e8te : raconter son propre v\u00e9cu, pas un documentaire, pas une th\u00e8se. Une subjectivit\u00e9 assum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le foyer de <a href=\"https:\/\/www.l-horizon.fr\/\" title=\"\">L\u2019Horizon<\/a>, ce jour-l\u00e0, elle quitte la table comme elle y est arriv\u00e9e : dans une tension souple, une forme d\u2019\u00e9lan int\u00e9rieur. Sol\u00e8ne Cerutti n\u2019est ni une d\u00e9vote, ni une provocatrice. Elle est une artiste qui cherche \u00e0 comprendre l\u2019humain \u2014 m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 tout semble silencieux, voil\u00e9, inaccessible. Et c\u2019est peut-\u00eatre cela qui rend <em>Vocation<\/em> si prometteur : l\u2019id\u00e9e qu\u2019au c\u0153ur du clo\u00eetre, dans les interstices du sacr\u00e9, une danse peut encore na\u00eetre. Une danse douce, suspendue, ferme, et absolument vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier jour de sa r\u00e9sidence, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 elle offre un premier regard au public, Sol\u00e8ne est sereine\u00a0: <em>\u00ab\u00a0J\u2019en sais un peu plus sur ma pi\u00e8ce en cette fin de semaine\u00a0\u00bb<\/em> \u2026 les voies de la cr\u00e9ation sont-elles si imp\u00e9n\u00e9trables que cela\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00a9 <strong>Hadrien Brunner<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.loeildepenelope.com\/\">Accueil | loeildepenelope<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sol\u00e8ne et ses s\u0153urs Danseuse et chercheuse du corps, Sol\u00e8ne Cerutti a franchi les murs \u00e9pais des monast\u00e8res pour comprendre celles qui y vivent retir\u00e9es du monde. 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