{"id":11764,"date":"2026-09-18T14:47:49","date_gmt":"2026-09-18T12:47:49","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=11764"},"modified":"2026-09-18T15:22:06","modified_gmt":"2026-09-18T13:22:06","slug":"un-jour-a-biarritz-le-temps-daimer-la-danse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/09\/18\/un-jour-a-biarritz-le-temps-daimer-la-danse\/","title":{"rendered":"Un jour \u00e0 Biarritz &#8211; Le Temps d&rsquo;aimer la danse"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11765\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Umoove-site-internet-3-1.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le pass\u00e9 n\u2019est jamais tout \u00e0 fait pass\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait, ce jour-l\u00e0, quelque chose d\u2019assez logique \u00e0 faire circuler le regard entre Biarritz et Bayonne. \u00c0 Biarritz, dans les salons du Casino, des professionnels du spectacle vivant s\u2019interrogeaient sur la mani\u00e8re de continuer \u00e0 faire de la culture dans un monde qui, para\u00eet-il, ne souhaite plus fonctionner comme avant. On parlait de transition \u00e9cologique, de sobri\u00e9t\u00e9, de biodiversit\u00e9, de mobilit\u00e9s, de ralentissement. \u00c0 Bayonne, quelques kilom\u00e8tres plus loin, dans le clo\u00eetre de la cath\u00e9drale, la compagnie Maritzuli Konpainia racontait cinq si\u00e8cles d&rsquo;histoire de la danse basque \u00e0 travers les kaskarotak, ces danseurs traditionnels du Labourd dont les costumes disent parfois autant que les archives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux rendez-vous qui semblaient n&rsquo;avoir rien \u00e0 faire ensemble et qui, pourtant, parlaient de la m\u00eame chose\u00a0: de ce qui demeure et surtout de ce qui demeure en changeant. C&rsquo;est une vieille affaire. Les soci\u00e9t\u00e9s aiment croire que leur patrimoine est une sorte de meuble de famille : on le d\u00e9poussi\u00e8re de temps en temps, on le montre aux visiteurs, on s&rsquo;assure qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9. Puis on d\u00e9couvre, g\u00e9n\u00e9ralement trop tard, que ce que l&rsquo;on appelle tradition n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de bouger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Maritzuli<\/strong>, fond\u00e9e en 1996 et install\u00e9e \u00e0 Biarritz depuis 1999, travaille pr\u00e9cis\u00e9ment dans cet espace instable. Depuis pr\u00e8s de trente ans, la compagnie recherche, sauvegarde et transmet le patrimoine dans\u00e9 basque \u00e0 travers les costumes, les musiques et les danses. Sa collection permet de suivre cinq si\u00e8cles d&rsquo;\u00e9volution, du XVIe si\u00e8cle \u00e0 aujourd&rsquo;hui. Les v\u00eatements changent. Les usages changent. Les corps changent. La tradition, elle, continue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est peut-\u00eatre la d\u00e9finition la moins sentimentale que l&rsquo;on puisse donner de la conservation : d\u00e9cider ce qui m\u00e9rite de survivre, accepter que le reste disparaisse et, surtout, comprendre qu&rsquo;une culture ne survit que si quelqu&rsquo;un accepte encore de s&rsquo;en servir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une journ\u00e9e pour sortir des silos<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant ce temps, au Casino de Biarritz, les Rencontres professionnelles du <em>Temps d&rsquo;Aimer<\/em> avaient troqu\u00e9 leur ancienne formule contre une journ\u00e9e de formation consacr\u00e9e \u00e0 la transition \u00e9cologique dans le spectacle vivant. Avec le soutien de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, dans le cadre du projet transfrontalier DOBLA, professionnels de la danse et du spectacle vivant \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 confronter leurs exp\u00e9riences plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 r\u00e9citer les habituelles professions de foi \u00e9cologiques dont le secteur culturel a appris \u00e0 faire collection. La journ\u00e9e, anim\u00e9e par le<strong> Bureau des Acclimatations<\/strong>, r\u00e9unissait experts, t\u00e9moignages et ateliers autour de quelques mots devenus incontournables : biodiversit\u00e9, sobri\u00e9t\u00e9, att\u00e9nuation, adaptation. Et d\u00e9sormais ralentissement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier mot est probablement le plus int\u00e9ressant. Parce qu&rsquo;il introduit dans le vocabulaire de la transition une id\u00e9e assez peu compatible avec notre \u00e9poque : celle selon laquelle il ne serait peut-\u00eatre pas n\u00e9cessaire d&rsquo;aller toujours plus vite. Le monde de la culture d\u00e9couvre ainsi, avec un certain retard mais sans doute avec une certaine lucidit\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas situ\u00e9 au-dessus du monde r\u00e9el. Les spectacles voyagent. Les artistes voyagent. Les d\u00e9cors voyagent. Les publics voyagent. Les institutions d\u00e9pensent. Les b\u00e2timents chauffent. Les budgets sont limit\u00e9s. Les territoires aussi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La transition \u00e9cologique cesse alors d&rsquo;\u00eatre un sujet abstrait pour devenir ce qu&rsquo;elle est r\u00e9ellement : une affaire d&rsquo;organisation, d&rsquo;argent, de politique publique et de choix collectifs. Le CCN de Biarritz, engag\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es sur les questions de biodiversit\u00e9, en t\u00e9moigne \u00e0 partir de son exp\u00e9rience du territoire basque. Les \u00e9changes ne cherchent pas tant \u00e0 fabriquer un catalogue de bonnes intentions qu&rsquo;\u00e0 comprendre pourquoi certaines mesures fonctionnent, pourquoi d&rsquo;autres \u00e9chouent et pourquoi les meilleures id\u00e9es du monde ont parfois la f\u00e2cheuse habitude de rencontrer la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Catherine P\u00e9gard<\/strong>, actuelle ministre de la Culture, r\u00e9sume la difficult\u00e9 en une phrase : <em>\u00ab plus de sobri\u00e9t\u00e9 ne signifie pas moins de culture \u00bb<\/em>. Encore faut-il savoir ce que l&rsquo;on entend par sobri\u00e9t\u00e9. Et ce que l&rsquo;on entend par culture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le v\u00e9ritable enjeu de ces rencontres est peut-\u00eatre l\u00e0 : sortir des silos. Parce que l&rsquo;\u00e9cologie n&rsquo;est pas un d\u00e9partement suppl\u00e9mentaire que l&rsquo;on pourrait ajouter \u00e0 l&rsquo;organigramme d&rsquo;une institution culturelle. Elle finit par toucher \u00e0 tout : les finances, les transports, les conditions de travail, le territoire, le rapport au public. Autrement dit, elle oblige \u00e0 parler. Ce qui, dans une institution, est d\u00e9j\u00e0 une forme d&rsquo;\u00e9cologie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>OTS<\/em> : la m\u00e9moire craque sur le vinyle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir venu, la question de la transmission change de forme. Avec <em>OTS<\/em>,<strong> Jone San Martin et la compagnie Haatik<\/strong> s&rsquo;attaquent \u00e0 un objet autrement plus glissant qu&rsquo;un patrimoine soigneusement class\u00e9 : la m\u00e9moire. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, celle de <strong>Herri Gogoa<\/strong>, label basque n\u00e9 dans les ann\u00e9es 1960 sous le franquisme et qui permit, malgr\u00e9 la censure, \u00e0 une culture interdite de continuer \u00e0 circuler. Plus de deux cents enregistrements t\u00e9moignent de cette aventure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudrait \u00eatre particuli\u00e8rement na\u00eff pour croire qu&rsquo;une telle histoire se laisse enfermer tranquillement dans une chor\u00e9graphie. La m\u00e9moire a toujours \u00e9t\u00e9 plus intelligente que ceux qui tentent de l&rsquo;organiser. Dans <em>OTS<\/em>, elle a surtout une voix. Elle sort des vieux vinyles, des craquements, des saturations, des sons qui semblent avoir \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s au fond d&rsquo;une cave ou diffus\u00e9s par un haut-parleur qui aurait surv\u00e9cu \u00e0 plusieurs r\u00e9gimes politiques. Elle passe dans les corps, dans les voix des danseurs, dans leurs souffles, leurs appels, leurs claquements de doigts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis elle gagne la salle. \u00c0 certains moments, le public se met \u00e0 reprendre les chansons. Et c&rsquo;est alors que le spectacle trouve sa v\u00e9rit\u00e9. On ne regarde plus un objet consacr\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire. On participe \u00e0 son fonctionnement. Le disque tourne. Le vinyle craque. Le m\u00e9gaphone crache. Les doigts claquent. Toute une arch\u00e9ologie sonore se met en marche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La bande-son est sans doute ce que <em>OTS<\/em> accomplit de plus convaincant. Elle ne vient pas illustrer la chor\u00e9graphie : elle la pousse, la traverse, parfois m\u00eame la d\u00e9passe. Les ann\u00e9es 1960 et 1970 cessent alors d&rsquo;\u00eatre une p\u00e9riode historique. Elles deviennent une sensation. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu&rsquo;il cesse de nous expliquer Herri Gogoa que le spectacle parvient \u00e0 nous le faire comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Car Herri Gogoa n&rsquo;est pas simplement un chapitre du patrimoine basque. C&rsquo;\u00e9tait un espace de circulation et de cr\u00e9ation dans un contexte o\u00f9 la langue et la culture basques \u00e9taient soumises aux contraintes du franquisme. La musique devenait alors plus qu&rsquo;un divertissement : un moyen de transmission. Une chanson pouvait faire ce qu&rsquo;un discours ne pouvait plus faire. <em>OTS<\/em> comprend parfaitement cette dimension. Mais il lui arrive de ne pas faire suffisamment confiance \u00e0 sa propre intelligence. Le spectacle explique parfois ce que ses images avaient d\u00e9j\u00e0 r\u00e9ussi \u00e0 dire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jone San Martin conna\u00eet pourtant admirablement les m\u00e9canismes du mouvement. Ancienne interpr\u00e8te de William Forsythe, elle poss\u00e8de cette connaissance du langage contemporain qui permet de regarder les danses traditionnelles sans les r\u00e9duire au folklore. Avec Haatik, elle pr\u00e9l\u00e8ve leurs structures, leurs rythmes, leurs d\u00e9placements collectifs et les transforme en mati\u00e8re chor\u00e9graphique. Les danseurs sont pr\u00e9cis, engag\u00e9s, souvent magnifiques. La tradition devient une grammaire. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que le probl\u00e8me appara\u00eet. Une grammaire ne suffit pas toujours \u00e0 fabriquer une dramaturgie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;alternance entre ensembles et solos revient avec une r\u00e9gularit\u00e9 presque math\u00e9matique : le groupe se forme, se d\u00e9fait, un danseur s&rsquo;en extrait, il revient, le collectif reprend. Le proc\u00e9d\u00e9 produit d&rsquo;abord une tension int\u00e9ressante entre l&rsquo;individu et la communaut\u00e9. Puis, \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9tition, il devient lisible. Et ce qui \u00e9tait structure devient m\u00e9canique. Quelques longueurs apparaissent. Surtout, quelque chose manque : le sentiment de ce que fut r\u00e9ellement cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On comprend le projet. On comprend la volont\u00e9 de faire r\u00e9sonner une m\u00e9moire, de rappeler l&rsquo;importance de la transmission, de faire dialoguer h\u00e9ritage et pr\u00e9sent. Mais on peine \u00e0 \u00e9prouver le franquisme. La censure, la clandestinit\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 de prot\u00e9ger une langue et une culture apparaissent davantage dans le r\u00e9cit qui entoure le spectacle que dans la mati\u00e8re m\u00eame de la sc\u00e8ne. La r\u00e9sistance est \u00e9nonc\u00e9e. Elle n&rsquo;est pas toujours ressentie. C&rsquo;est un paradoxe assez curieux pour une \u0153uvre inspir\u00e9e par un mouvement qui dut pr\u00e9cis\u00e9ment inventer des moyens de contourner le silence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gigantesque mobile tubulaire rouge suspendu au-dessus des danseurs, h\u00e9riss\u00e9 de m\u00e9gaphones, r\u00e9sume assez bien cette ambigu\u00eft\u00e9. L&rsquo;image est forte. Peut-\u00eatre trop forte. Le m\u00e9gaphone est \u00e9videmment l&rsquo;objet de la parole amplifi\u00e9e, de la voix collective, de la chanson qui refuse de se taire. Mais il pourrait \u00e9galement sugg\u00e9rer quelque chose de plus inqui\u00e9tant : lorsqu&rsquo;une voix a besoin d&rsquo;un m\u00e9gaphone, c&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;il existe quelque part quelqu&rsquo;un qui pr\u00e9f\u00e9rerait ne pas l&rsquo;entendre. Il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessaire de nous expliquer davantage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La lumi\u00e8re, elle, pr\u00e9f\u00e8re souvent la p\u00e9nombre. Les corps apparaissent comme des fragments, des silhouettes sorties d&rsquo;un souvenir dont on ne poss\u00e9derait jamais la totalit\u00e9. L&rsquo;effet poss\u00e8de sa po\u00e9sie mais l&rsquo;obscurit\u00e9 devient parfois un proc\u00e9d\u00e9 en soi, comme si elle pouvait \u00e0 elle seule produire de la profondeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et pourtant, <em>OTS<\/em> demeure. Parce qu&rsquo;\u00e0 un moment, quelque chose de beaucoup plus simple se produit. Une vieille chanson revient. Et elle fonctionne. Elle traverse le dispositif th\u00e9\u00e2tral, traverse les ann\u00e9es, traverse les corps. Elle cesse d&rsquo;\u00eatre un document historique. Elle redevient une chanson. C&rsquo;est peut-\u00eatre cela, finalement, que la transmission r\u00e9ussit de mieux. Elle ne conserve pas. Elle rend l&rsquo;usage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Herri Gogoa redevient alors, pendant quelques instants, non pas un monument de la culture basque, mais une musique que quelqu&rsquo;un conna\u00eet encore. C&rsquo;est beaucoup. Et peut-\u00eatre m\u00eame davantage que ce que la chor\u00e9graphie parvient toujours \u00e0 accomplir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>L&rsquo;Oiseau de feu<\/em> : quand le pass\u00e9 change de peau<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9tait donc assez logique que <em>L&rsquo;Oiseau de feu<\/em> de <strong>Thierry Malandain<\/strong> arrive ensuite comme une autre r\u00e9ponse \u00e0 la m\u00eame question. La pi\u00e8ce, cr\u00e9\u00e9e en 2001 et reprise ici par le Malandain Ballet Biarritz, ne se contente pas de remettre Stravinsky sur sc\u00e8ne. Elle d\u00e9place le conte. L&rsquo;oiseau n&rsquo;est plus seulement une cr\u00e9ature fantastique sortie du folklore russe. Il devient une figure de lumi\u00e8re. Un passeur. Une possibilit\u00e9 d&rsquo;esp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Monsieur Malandain convoque notamment la figure de Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise et transforme le r\u00e9cit sans chercher \u00e0 en effacer l&rsquo;origine. C&rsquo;est une op\u00e9ration assez ancienne dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;art : prendre une \u0153uvre h\u00e9rit\u00e9e, lui retirer quelques couches de son \u00e9poque et lui en ajouter d&rsquo;autres, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle puisse \u00e0 nouveau parler au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur sc\u00e8ne, vingt-deux danseurs \u00e9voluent dans un monde presque enti\u00e8rement noir et blanc, travers\u00e9 par le rouge \u00e9clatant de l&rsquo;oiseau. Les lignes sont sobres, g\u00e9om\u00e9triques. Les corps se rapprochent jusqu&rsquo;\u00e0 donner parfois l&rsquo;impression de constituer une seule cr\u00e9ature. L\u00e0 o\u00f9 <em>OTS<\/em> cherchait dans le pass\u00e9 une m\u00e9moire collective, Malandain cherche une figure. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;un travaille la trace, l&rsquo;autre travaille la m\u00e9tamorphose. Mais tous deux posent la m\u00eame question : que reste-t-il d&rsquo;une \u0153uvre lorsque nous cessons de vouloir la reproduire exactement ? La r\u00e9ponse de Thierry Malandain est assez claire. Elle peut changer de peau sans perdre son \u00e2me. Ce que l&rsquo;on conserve quand on transforme<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y avait donc, finalement, beaucoup moins de distance qu&rsquo;on aurait pu le croire entre le clo\u00eetre de Bayonne, les salons du Casino et la sc\u00e8ne du Malandain Ballet. Partout, la m\u00eame obsession. Que faut-il conserver ? Et que faut-il accepter de transformer ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les costumes des kaskarotak racontent cinq si\u00e8cles de modifications. Les professionnels du spectacle cherchent comment adapter leurs pratiques aux contraintes \u00e9cologiques du pr\u00e9sent. <em>OTS<\/em> transforme les archives musicales d&rsquo;une \u00e9poque de r\u00e9pression en mati\u00e8re chor\u00e9graphique. Malandain transforme Stravinsky sans cesser de danser Stravinsky.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La culture ne survit donc pas parce qu&rsquo;elle demeure intacte. Elle survit parce que quelqu&rsquo;un, \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration, d\u00e9cide de la reprendre. Il y a l\u00e0 une distinction essentielle. Une tradition conserv\u00e9e sous verre est peut-\u00eatre encore visible, mais elle n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus vivante. Une tradition transform\u00e9e risque au contraire de perdre quelque chose. C&rsquo;est le prix \u00e0 payer. Le patrimoine n&rsquo;est pas une photographie. C&rsquo;est une conversation et comme toutes les conversations qui durent, elle suppose que les morts aient encore quelque chose \u00e0 dire et que les vivants aient l&rsquo;impudence de leur r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre les costumes des kaskarotak et les plumes rouges de l&rsquo;Oiseau de feu, entre les vieux vinyles de Herri Gogoa et les d\u00e9bats sur la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9cologique, le Temps d&rsquo;Aimer la danse aura donc pass\u00e9 sa journ\u00e9e \u00e0 parler du pass\u00e9 sans v\u00e9ritablement y rester. C&rsquo;est sans doute la meilleure mani\u00e8re de le respecter. Le pass\u00e9 n&rsquo;est pas derri\u00e8re nous. Il est simplement l\u00e0, \u00e0 attendre qu&rsquo;on lui fasse quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelle belle journ\u00e9e vous nous avez offert Monsieur Malandain ! Merci.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00a9 St\u00e9phane Bellocq<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Vu \u00e9galement au Temps d&rsquo;aimer la danse 2026 : <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/03\/15\/midi-minuit-thierry-malandain\/\">Midi minuit \u2013 Thierry Malandain &#8211;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/11\/25\/carmen-amaya-revisitee-par-aina-alegre\/\">Carmen Amaya revisit\u00e9e par Aina Alegre &#8211;<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pass\u00e9 n\u2019est jamais tout \u00e0 fait pass\u00e9 Il y avait, ce jour-l\u00e0, quelque chose d\u2019assez logique \u00e0 faire circuler le regard entre Biarritz et Bayonne. \u00c0 Biarritz, dans les salons du 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