{"id":11075,"date":"2026-05-05T18:16:27","date_gmt":"2026-05-05T16:16:27","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=11075"},"modified":"2026-05-09T14:41:01","modified_gmt":"2026-05-09T12:41:01","slug":"vivant-monument-olivia-grandville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/05\/05\/vivant-monument-olivia-grandville\/","title":{"rendered":"VIVANT MONUMENT &#8211; Olivia Grandville"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"http:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11095\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Umoove-site-internet-3.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>On pourrait croire, en entrant dans la Tour de la Lanterne (La Rochelle) que l\u2019on p\u00e9n\u00e8tre dans une histoire \u2014 en r\u00e9alit\u00e9, on p\u00e9n\u00e8tre surtout dans une mise en sc\u00e8ne de l\u2019histoire. La nuance est essentielle, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que commence le spectacle.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>La mise en sc\u00e8ne du patrimoine : entre contrainte et spectacle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Par petits groupes de quinze spectateurs, le public est convoy\u00e9 comme on d\u00e9place une mati\u00e8re mall\u00e9able : ni foule, ni individu, mais une unit\u00e9 administrable de regard. Chaque salle devient un compartiment d\u2019attention, chaque \u00e9tage une promesse de r\u00e9v\u00e9lation. Et tout, bien s\u00fbr, est <em>\u201cpens\u00e9 pour le lieu\u201d,<\/em> formule d\u00e9sormais si us\u00e9e qu\u2019elle sert surtout \u00e0 dissimuler le fait que le lieu pense de moins en moins par lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>On vous installe au dortoir, tout en haut \u2014 hauteur, dit-on, 55 m\u00e8tres, ce qui transforme imm\u00e9diatement le vertige en argument dramaturgique. Le b\u00e2timent, anciennement prison pour marins anglais, espagnols ou hollandais entre le XVIIe et le XIXe si\u00e8cle, offre son capital moral intact : les murs ont souffert, donc nous devons ressentir. C\u2019est une \u00e9quation simple, presque automatique.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis viennent les solos de la performance <em>La Veill\u00e9e<\/em>, con\u00e7ue sp\u00e9cifiquement pour l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Sept minutes chacun, calibr\u00e9s comme des aphorismes chor\u00e9graphiques. Les corps y sont nerveux, tendus, parfois volontairement opaques : yeux ferm\u00e9s, rotations en cage, silhouettes affubl\u00e9es de costumes \u00e0 franges noires. On pense \u00e0 une liturgie sans dogme, ou \u00e0 une pri\u00e8re dont on aurait perdu la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a chez <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=46-42UYfuy8&amp;t=19s\" title=\"\">Olivia Grandville <\/a>\u2014 et dans les dispositifs qu\u2019elle orchestre ici \u2014 une volont\u00e9 claire de faire coexister les r\u00e9gimes : danse, image, cin\u00e9ma, archive, patrimoine. Le r\u00e9sultat est moins une fusion qu\u2019une cohabitation prudente, comme si chaque m\u00e9dium acceptait l\u2019autre \u00e0 condition de ne pas trop se toucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, dans une autre tour \u2014 celle de la Cha\u00eene, bien s\u00fbr, comme si l\u2019histoire tenait \u00e0 inscrire ses fonctions dans la toponymie elle-m\u00eame \u2014 est projet\u00e9 <em>Ours<\/em> co-sign\u00e9 de <a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/10\/11\/jouir-e-cesar-vayssie\/\" title=\"\">C\u00e9sar Vayssi\u00e9<\/a> et Olivia Gradville. L\u2019\u0153uvre s\u2019inscrit dans une esth\u00e9tique d\u00e9sormais bien \u00e9tablie : \u00e9puiser une phrase chor\u00e9graphique, la d\u00e9placer, la d\u00e9plier, la recommencer jusqu\u2019\u00e0 ce que sa r\u00e9p\u00e9tition finisse par se donner pour m\u00e9thode (ici interpr\u00e9t\u00e9e par les \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;ABC du Conservatoire d&rsquo;agglom\u00e9ration de la Rochelle &#8211; promo 24\/25). Il y a l\u00e0 une forme de rigueur qui impressionne d\u2019autant plus qu\u2019elle semble parfois se suffire \u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9puisement devient ainsi non seulement proc\u00e9d\u00e9, mais horizon critique : ce que l\u2019on ne parvient plus tout \u00e0 fait \u00e0 percevoir est cens\u00e9, par une sorte de d\u00e9placement th\u00e9orique, gagner en densit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui frappe surtout, dans ce type de proposition, c\u2019est la mani\u00e8re dont elle s\u2019installe dans un lieu d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9 d\u2019une fonction historique tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9e. La Tour de la Cha\u00eene, associ\u00e9e \u00e0 la Tour Saint-Nicolas, organisait autrefois un syst\u00e8me extr\u00eamement concret : une cha\u00eene tendue entre les deux tours permettait de fermer l\u2019acc\u00e8s au port de La Rochelle, d\u2019en contr\u00f4ler les entr\u00e9es, d\u2019en r\u00e9guler le trafic maritime, et d\u2019en pr\u00e9lever les droits. On est ici dans un dispositif de fermeture, de filtrage et de souverainet\u00e9 appliqu\u00e9e au r\u00e9el le plus mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette mat\u00e9rialit\u00e9 du contr\u00f4le \u2014 presque brutale dans sa simplicit\u00e9 technique \u2014 qui sert aujourd\u2019hui de support \u00e0 des usages culturels fond\u00e9s sur l\u2019ouverture, la circulation des signes et la porosit\u00e9 des interpr\u00e9tations. L\u2019op\u00e9ration est devenue famili\u00e8re : transformer un ancien dispositif de contrainte en surface d\u2019accueil pour pratiques artistiques contemporaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Les traces du pass\u00e9, loin d\u2019\u00eatre effac\u00e9es, sont alors int\u00e9gr\u00e9es comme \u00e9l\u00e9ments de contexte, parfois m\u00eame comme valeur ajout\u00e9e. Elles donnent au geste artistique une profondeur d\u2019emprunt, une sorte d\u2019autorit\u00e9 indirecte que l\u2019\u0153uvre ne produit pas elle-m\u00eame mais h\u00e9rite du lieu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le spectateur en mouvement : entre errance et interpr\u00e9tation<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0, le dispositif de d\u00e9ambulation artistique reprend ses droits : il suffit de changer de lieu pour que la proposition change de statut. Le spectateur, quant \u00e0 lui, apprend assez vite la grammaire implicite de ces d\u00e9placements successifs \u2014 il devient mobile, disponible, et cette forme contemporaine de disponibilit\u00e9, qui ressemble \u00e9trangement \u00e0 une docilit\u00e9 bien temp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>On se dirige donc vers l\u2019esplanade Jean-Louis Foulquier, sous un ciel orageux, dont la lourdeur donne \u00e0 l\u2019ensemble une tonalit\u00e9 plus instable, presque dramatique, comme si le dispositif lui-m\u00eame h\u00e9sitait entre exposition et suspension.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que se d\u00e9ploie <em>Recycle<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 comme une performance et comme un hommage au mouvement pur, ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9criture chor\u00e9graphique. Le principe est annonc\u00e9 avec une clart\u00e9 presque rassurante : des phrases chor\u00e9graphiques extraites du r\u00e9pertoire des artistes pr\u00e9sents sont mises en circulation, fragment\u00e9es, recombin\u00e9es en temps r\u00e9el, selon une logique d\u2019assemblage instantan\u00e9 o\u00f9 la coh\u00e9rence stylistique devient un param\u00e8tre secondaire, voire superflu.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend qu\u2019il s\u2019agit moins de composition que de redistribution : un vocabulaire du geste d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9, remis en jeu dans un espace de permutations continues. L\u2019\u0153uvre se pr\u00e9sente ainsi comme une c\u00e9l\u00e9bration de la mobilit\u00e9 des formes, de leur capacit\u00e9 \u00e0 circuler, \u00e0 se recomposer sans se fixer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le programme \u201c<a href=\"https:\/\/www.monuments-nationaux.fr\/actualites-du-cmn\/vivant-monument-une-nouvelle-collection-de-rendez-vous-avec-les-arts-vivants\" title=\"\">Vivant Monument\u201d, sign\u00e9 par le Centre des monuments nationaux<\/a>, inscrit parfaitement cette logique : faire du patrimoine un espace de cr\u00e9ation continue, du pass\u00e9 un partenaire de r\u00e9sidence artistique. C\u2019est s\u00e9duisant, bien s\u00fbr. Mais c\u2019est aussi une esth\u00e9tique de la circulation permanente, o\u00f9 tout monument doit prouver qu\u2019il est encore \u201cvivant\u201d en accueillant du vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond, ces dispositifs posent une question simple : et si la vraie modernit\u00e9 du patrimoine \u00e9tait moins de le faire parler que de lui permettre, enfin, de se taire ? De laisser le spectateur errer entre les murs, les corps dansants et le ciel orageux, sans autre guide que sa propre distraction \u2014 ou son propre \u00e9merveillement. Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0, dans ces interstices o\u00f9 rien n\u2019est tout \u00e0 fait expliqu\u00e9, que le lieu redevient, un instant, vivant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00a9<\/em> <strong>Lucie Gagneux<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On pourrait croire, en entrant dans la Tour de la Lanterne (La Rochelle) que l\u2019on p\u00e9n\u00e8tre dans une histoire \u2014 en r\u00e9alit\u00e9, on p\u00e9n\u00e8tre surtout dans une mise en sc\u00e8ne de l\u2019histoire. La nuance est essentielle, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que commence le spectacle. 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