{"id":10954,"date":"2026-04-14T16:16:22","date_gmt":"2026-04-14T14:16:22","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10954"},"modified":"2026-04-14T21:25:08","modified_gmt":"2026-04-14T19:25:08","slug":"passage-cie-xuan-le","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/04\/14\/passage-cie-xuan-le\/","title":{"rendered":"Passage &#8211; Cie Xuan Le"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10955\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-1.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre ciel et sol, les corps en n\u00e9gociation<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il y a, dans certaines sorties de r\u00e9sidence, quelque chose d\u2019ind\u00e9cent : on y surprend une \u0153uvre encore en train de se faire, comme si l\u2019on entrait sans pr\u00e9venir dans l\u2019atelier d\u2019un illusionniste avant qu\u2019il n\u2019ait d\u00e9cid\u00e9 ce qu\u2019il veut bien nous laisser croire. <em>Passage<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Mille Plateaux CCN La Rochelle en amont du festival havrais <em><a href=\"https:\/\/lephare-ccn.fr\/plein-phare\" title=\"\">Plein Phare<\/a><\/em>, rel\u00e8ve pr\u00e9cis\u00e9ment de cette cat\u00e9gorie rare \u2014 celle des promesses d\u00e9j\u00e0 tenues.<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le dispositif d\u2019abord : un plateau nu de dix m\u00e8tres sur dix, huit m\u00e8tres de hauteur, amput\u00e9 ce jour-l\u00e0 d\u2019un \u00e9l\u00e9ment essentiel \u2014 le tripode en cours de construction \u2014 et de son troisi\u00e8me protagoniste, le compositeur (ce jour, il sera remplac\u00e9 par la charg\u00e9e de production) dont l\u2019absence paradoxale souligne l\u2019importance. Il ne reste donc que les corps, les fils, et cette \u00e9trange sensation que tout peut encore basculer.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce s\u2019ouvre avec une bande-son dans une langue qui n\u2019en est pas une : une voix humaine malmen\u00e9e, retourn\u00e9e, tritur\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 devenir m\u00e9connaissable \u2014 comme si la parole elle-m\u00eame refusait d\u2019entrer dans le jeu. Au sol, une femme repli\u00e9e sur elle-m\u00eame (<strong>Francisca Alvarez<\/strong>), figure primitive, presque pr\u00e9natale. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, un homme fig\u00e9 sur des rollers, suspendu dans une immobilit\u00e9 qui n\u2019est pas du repos mais de l\u2019attente. Une troisi\u00e8me pr\u00e9sence organise l\u2019espace, tire des c\u00e2bles, agence \u2014 non pas en technicienne invisible, mais en d\u00e9miurge discret.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis viennent les battements. Pas une musique, non : quelque chose de plus organique, de plus indiscutable. Le c\u0153ur, peut-\u00eatre. Et la femme s\u2019\u00e9veille.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui suit appartient \u00e0 une discipline encore marginale \u2014 la danse verticale \u2014 o\u00f9 le corps ne flotte jamais vraiment, contrairement \u00e0 ce que l\u2019on pourrait croire. Suspendue \u00e0 un fil, l\u2019interpr\u00e8te ne s\u2019abandonne pas \u00e0 la gravit\u00e9 : elle la n\u00e9gocie. Chaque geste est une r\u00e9sistance, chaque ligne une lutte. Lorsqu\u2019elle se fige l\u00e0-haut, droite comme une planche, tandis qu\u2019un parfum d\u2019encens envahit l\u2019espace, ce n\u2019est pas une \u00e9l\u00e9vation mystique (en plein c\u0153ur d\u2019une chapelle d\u00e9sacralis\u00e9e) : c\u2019est une tension maintenue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme, lui, finit par c\u00e9der au mouvement. Sur ses rollers, il explore une autre forme de contrainte \u2014 celle de la vitesse, de l\u2019\u00e9quilibre instable. Entre eux, un dialogue s\u2019installe, d\u2019une pr\u00e9cision presque troublante : gestes en miroir, \u00e9chos chor\u00e9graphiques, correspondances inattendues entre l\u2019air et le sol. Elle lutte contre l\u2019attraction ; lui contre la d\u00e9rive. Et puis, comme toujours dans les exp\u00e9riences humaines, ce qui relie devient ce qui entrave.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fils disparaissent un \u00e0 un. La suspension devient pr\u00e9carit\u00e9. L\u2019homme, d\u00e9sormais aux prises avec ces m\u00eames c\u00e2bles, s\u2019y emp\u00eatre, chute, recommence. La bande sonore a mut\u00e9 : aux pulsations organiques succ\u00e8dent des bruits urbains, industriels, comme si le monde r\u00e9el reprenait ses droits avec une certaine brutalit\u00e9. Ce qui permettait de s\u2019\u00e9lever devient obstacle. Ce qui liait devient pi\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense alors \u00e0 la marionnette \u2014 non pas celle qui amuse les enfants, mais celle qui r\u00e9v\u00e8le une v\u00e9rit\u00e9 moins confortable : \u00eatre m\u00fb par des forces que l\u2019on ne ma\u00eetrise pas tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A ce niveau de cr\u00e9ation work in progress<\/strong>, il serait tentant de r\u00e9duire <em>Passage<\/em> \u00e0 une prouesse technique. Ce serait une erreur. Certes, la ma\u00eetrise est ind\u00e9niable : g\u00e9rer les baudriers, anticiper les tensions, contr\u00f4ler la vitesse, habiter l\u2019espace vertical et horizontal avec une \u00e9gale pr\u00e9cision \u2014 tout cela exige une rigueur presque scientifique. Mais ce qui frappe, c\u2019est la mani\u00e8re dont cette contrainte devient langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit, comme l\u2019explique le chor\u00e9graphe : <em>\u00ab&nbsp;inventer un alphabet commun avec Francisca&nbsp;\u00bb<\/em>. Avant m\u00eame de raconter une histoire, il faut cr\u00e9er les mots. Ici, ces mots sont faits de glisse, de suspension, de d\u00e9s\u00e9quilibre ma\u00eetris\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019ils s\u2019assemblent en r\u00e9cit \u2014 celui, simple et insondable, d\u2019une rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la discussion publique qui suit cette restitution de r\u00e9sidence, on apprend que le troisi\u00e8me interpr\u00e8te \u2014 <strong>Mika\u00ebl Charry aka&nbsp;Modegeist<\/strong>&nbsp;\u2014 ne sera pas un accompagnateur mais un agent de transformation. Une sorte de savant fou qui provoquera la collision entre les deux corps, manipulera non seulement le son mais aussi le dispositif lui-m\u00eame .<a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/02\/25\/xuan-le\/\" title=\"\"><strong>Xuan<\/strong><\/a><strong>, Francisca, et Modegeist<\/strong> deviennent alors des \u00eatres \u00ab augment\u00e9s \u00bb : l\u2019un par ses rollers, l\u2019autre par son fil, le troisi\u00e8me par sa capacit\u00e9 \u00e0 orchestrer le chaos.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Passage<\/em> revendique aussi une ambition plus vaste encore : incarner les quatre \u00e9l\u00e9ments. L\u2019air dans la suspension, la terre dans l\u2019ancrage, l\u2019eau dans la fluidit\u00e9 du mouvement, le feu dans l\u2019intensit\u00e9 des interactions. On pourrait craindre une symbolique appuy\u00e9e ; elle se r\u00e9v\u00e8le au contraire presque souterraine, affleurant sans jamais s\u2019imposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9f\u00e9rences convoqu\u00e9es \u2014 des <em>Ailes du d\u00e9sir<\/em> de Wim Wenders aux figures a\u00e9riennes de Marc Chagall \u2014 ne servent pas de caution culturelle mais de r\u00e9sonance. L\u2019ange qui renonce au ciel, l\u2019acrobate qui aspire \u00e0 s\u2019\u00e9lever : entre les deux, une corde. Une simple corde, et tout ce qu\u2019elle implique \u2014 lien, ascension, chute, d\u00e9pendance. On \u00e9voque m\u00eame le songe de Jacob, cette \u00e9chelle entre ciel et terre o\u00f9 montent et descendent les anges. Ici, l\u2019\u00e9chelle est r\u00e9duite \u00e0 un fil. Peut-\u00eatre est-ce plus honn\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut enfin mentionner un aspect moins spectaculaire mais tout aussi r\u00e9v\u00e9lateur : l\u2019autonomie du dispositif. La sc\u00e9nographie est pens\u00e9e pour voyager, s\u2019adapter, se reconfigurer selon les lieux. Une \u0153uvre qui accepte l\u2019impr\u00e9vu n\u2019est pas une \u0153uvre inachev\u00e9e ; c\u2019est une \u0153uvre qui a compris quelque chose du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La forme finale durera cinquante-cinq minutes au plateau, quarante en ext\u00e9rieur. Mais ce que l\u2019on a vu ici \u2014 fragmentaire, en devenir \u2014 poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 cette qualit\u00e9 rare : <em>Passage<\/em> ne cherche pas \u00e0 convaincre, il s\u2019impose. Et lorsque, \u00e0 la toute fin, les corps retrouvent leurs positions initiales \u2014 la femme repli\u00e9e, l\u2019homme fig\u00e9 \u2014 on comprend que rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu. Ce n\u2019\u00e9tait pas le but. Apr\u00e8s tout, les \u0153uvres les plus honn\u00eates ne proposent pas de sortie. Elles se contentent d\u2019ouvrir un passage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00a9 <strong>Mai Duong<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sortie de r\u00e9sidence Passage vue le vendredi 10 avril \u00e0 Mille Plateaux CCN La Rochelle<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre ciel et sol, les corps en n\u00e9gociation Il y a, dans certaines sorties de r\u00e9sidence, quelque chose d\u2019ind\u00e9cent : on y surprend une \u0153uvre encore en train de se faire, comme si l\u2019on entrait sans pr\u00e9venir dans l\u2019atelier d\u2019un illusionniste avant qu\u2019il n\u2019ait d\u00e9cid\u00e9 ce qu\u2019il veut bien nous laisser croire. Passage, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/04\/14\/passage-cie-xuan-le\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Passage &#8211; Cie Xuan Le<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[8],"tags":[32,492,38,491,156],"class_list":["post-10954","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critique-critique","tag-fouad-boussouf","tag-francisca-alvarez","tag-mille-plateaux-ccn-la-rochelle","tag-plein-phare","tag-xuan-le"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10954","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10954"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10954\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10968,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10954\/revisions\/10968"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10954"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10954"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10954"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}