{"id":10902,"date":"2026-04-01T16:20:19","date_gmt":"2026-04-01T14:20:19","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10902"},"modified":"2026-04-01T18:26:49","modified_gmt":"2026-04-01T16:26:49","slug":"festival-a-corps-loge-22-youngsters-sine-qua-non-art","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/04\/01\/festival-a-corps-loge-22-youngsters-sine-qua-non-art\/","title":{"rendered":"Festival  A CORPS : LOGE 22 &amp; Youngsters, Sine Qua Non Art"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10903\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Umoove-site-internet-3.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Maison des \u00e9tudiants, vendredi 27 mars. Comme chaque ann\u00e9e, la structure \u2013 sous la houlette du festival <em>A CORPS<\/em> jadis modeste tribune pour danseurs amateurs \u00e9tudiants, se m\u00e9tamorphose en sc\u00e8ne chor\u00e9graphique. En cette fin d\u2019apr\u00e8s-midi on y joue <em>Questions de genre<\/em> et ce sont les jeunes du Lyc\u00e9e Victor Hugo de Poitiers, dirig\u00e9s par <strong>Eliakim S\u00e9n\u00e9gas-Lajus<\/strong>, qui se pr\u00eatent \u00e0 l\u2019exercice. Ils questionnent le genre, ce vaste sujet, tellement pris\u00e9 par cette jeunesse qui semble vouloir pulv\u00e9riser tous les st\u00e9r\u00e9otypes comme on brise des verres.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur sc\u00e8ne, la vitalit\u00e9 est totale : corps bondissants, gestes pr\u00e9cis de pantomime, chant et musique se m\u00ealent avec une aisance d\u00e9concertante. Tous et toutes v\u00eatus de rose, couleur officielle de cette \u00e9dition \u2014 un signal discret qui relie <em>PINK MATTERS<\/em> au dess-code de la soir\u00e9e de cl\u00f4ture. <em>Questions de genre<\/em> est une mani\u00e8re \u00e9l\u00e9gante, presque subversive, d\u2019interroger non seulement le genre, mais aussi les pratiques artistiques elles-m\u00eames. Peut-on, \u00e0 travers l\u2019art, \u00e9clairer et renouveler nos constructions sociales\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cette performance, <em>A CORPS<\/em> offre une tribune \u00e0 un projet plus ambitieux&nbsp;: <em>Au bord de l\u2019image : danse(s) en cours<\/em> pens\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (Canada) et <strong>Yolande Lejus.<\/strong> Quatre groupes d\u2019\u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9s \u00e0 s\u2019immerger dans deux sources photographiques (photo de danse) et \u00e0 incarner l\u2019image dans leurs corps. Ce jour-l\u00e0, le public d\u00e9couvre le fruit de ce travail \u00e0 travers des vid\u00e9os \u2014 mais l\u2019interrogation v\u00e9ritable, celle de la danse et de sa position entre l\u2019image et le geste, culminera prochainement dans une performance live. Le regard, l\u2019instant du corps, la relation entre les interpr\u00e8tes et le spectateur deviennent alors des pistes \u00e0 explorer, une r\u00e9activation du pr\u00e9sent pour ce qui \u00e9chappe toujours \u00e0 la photo. Un work in progress \u00e0 suivre avec int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Partager le vide<\/em> et le droit de ne pas combler<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>On pourrait croire, \u00e0 premi\u00e8re vue \u2014 et Dieu sait que notre \u00e9poque ne consent souvent qu\u2019aux premi\u00e8res vues \u2014 qu\u2019il ne se passe rien. Un plateau presque nu, vaguement structur\u00e9 par l&rsquo;armature bois du M\u00e9ta Up, deux silhouettes (<strong>Marie Goudot &amp; Sophia Dinkel<\/strong>) h\u00e9sitant \u00e0 devenir corps, et dans un coin, une bougie qui se consume. Le reste n\u2019est que p\u00e9nombre, semi-existence ch\u00e8re \u00e0 la sc\u00e8ne contemporaine : assez visible pour intriguer, trop indistinct pour rassurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont deux, bien s\u00fbr. Toujours deux, comme une vieille id\u00e9e dramatique que personne n\u2019ose abandonner. Deux femmes, deux g\u00e9n\u00e9rations \u2014 deux mani\u00e8res d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jug\u00e9es, observ\u00e9es, us\u00e9es. Elles viennent d\u2019un m\u00eame lieu, ou d\u2019une m\u00eame discipline du corps et du regard, qu\u2019elles trahissent ici avec une \u00e9l\u00e9gance presque insolente. Une d\u00e9fection, une sortie polie d\u2019un syst\u00e8me o\u00f9 le geste doit signifier quelque chose de plus grand que lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, le geste \u00e9choue \u2014 et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui le rend fascinant. Les guitares \u00e9lectriques, tenues comme objets \u00e0 la fois \u00e9trangers et familiers, ne produisent rien de ce que l\u2019on attend. On gratte, on frotte, on insiste maladroitement, avec une ironie contenue. Ce n\u2019est pas du rock, encore moins un concert. C\u2019est un punk exp\u00e9rimental, d\u00e9barrass\u00e9 d\u2019urgence sociale, mais pas de violence : intime, presque administrative, celle d\u2019habiter un corps qui a trop appris.<\/p>\n\n\n\n<p>Le son revient en nappes, boucle, s\u2019effiloche. \u00c0 l\u2019image du mouvement \u2014 ou de ce qu\u2019il en reste. Elles dansent peu, ou contre l\u2019id\u00e9e m\u00eame de danse. Chaque rencontre \u2014 entre elles, entre corps et son, entre regard et pr\u00e9sence \u2014 semble sinc\u00e8re et sabot\u00e9e. Et dans cet \u00e9chec surgit parfois quelque chose. Un instant rare o\u00f9 leurs corps se rapprochent enfin sans m\u00e9diation. Le chant, surtout, dernier refuge de la pr\u00e9sence, r\u00e9pare ce que le geste d\u00e9construit. Quelques secondes o\u00f9 le spectacle cesse de chercher. Il trouve. Mais ne s\u2019y attarde pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Car ce qui les int\u00e9resse n\u2019est pas la rencontre, mais son impossibilit\u00e9 fertile. Elles explorent le vide comme d\u2019autres cultivent la virtuosit\u00e9, le remplissent pour mieux le creuser, le saturent de sons pour en r\u00e9v\u00e9ler l\u2019absence. Le plateau devient espace mental plus que physique, o\u00f9 gestes, m\u00e9moires, r\u00e9sistances s\u2019accumulent sans former de r\u00e9cit stable.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait y voir un manifeste, ou pas. Leur projet est plus discret, subversif : elles refusent de conclure. Elles n\u00e9gocient \u2014 entre elles, avec l\u2019espace, avec un pass\u00e9 insistant \u2014 et construisent un langage fait d\u2019interstices, de suspensions, de rapprochements avort\u00e9s et de solitudes assum\u00e9es. Une sororit\u00e9 sans slogan, une communaut\u00e9 sans d\u00e9claration.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce refus obstin\u00e9 de produire du sens imm\u00e9diat, il y a quelque chose d\u2019irritant, parfois d\u2019ennuyeux \u2014 devenu en soi une forme de courage. Au fond, elles partagent plus que le vide. Elles partagent le droit de ne pas le combler.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Is it a pink revolution ?<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le plateau, trifrontal et de petite jauge, installe d\u2019embl\u00e9e une intimit\u00e9 fragile. Au sol, un tapis rose vif ceintur\u00e9 de cinq micros, et dans un coin, une console DJ, pr\u00e9figurent une exp\u00e9rience o\u00f9 le son et le corps sont indissociables. Les artistes entrent, s\u2019allongent lentement sur le tapis et, dans un murmure \u00e0 la fois confessionnel et performatif, approchent leurs l\u00e8vres des micros pour partager des fragments de leurs vies de femmes. Ce d\u00e9but, d\u2019une douceur presque tactile, se transforme rapidement\u202f: elles quittent le tapis color\u00e9 pour une danse \u00e9tonnamment expressionniste, comme si elles d\u00e9filaient et (se) posaient simultan\u00e9ment, dans un rapport direct avec le public que leur pr\u00e9sence cherche \u00e0 provoquer et tester.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce se d\u00e9ploie ensuite en une s\u00e9rie de sayn\u00e8tes dont les transitions restent volontairement floues. Une litanie de mots en <em>-tion<\/em> \u2014 revendication, \u00e9mancipation, manipulation \u2014 se heurte \u00e0 l\u2019insertion ponctuelle de termes inattendus, comme pour souligner la tension entre ordre et chaos. Le tapis lui-m\u00eame se transforme, se gonfle en un char d\u2019assaut gonflable du plus bel effet, rose et velu (<em>A Shy Girl<\/em>, \u0153uvre de Xinhan Y\u00fa), manipul\u00e9 par les interpr\u00e8tes ou simplement utilis\u00e9 comme support de frottements suggestifs et twerks d&rsquo;un go\u00fbt discutable. Entre chant lyrique et vente aux ench\u00e8res d&rsquo;une voix satur\u00e9e, <em>PINK MATTERS<\/em> atteint une transe que l\u2019on imagine cathartique.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, le char se d\u00e9gonfle et la sc\u00e8ne s\u2019apaise, laissant une installation mi-neon, mi-fourrure rose, dont la beaut\u00e9 visuelle compense les nombreuses et n\u00e9buleuses ruptures narratives de ce quintet.<\/p>\n\n\n\n<p><em>PINK MATTERS<\/em> s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du travail du duo rochelais <strong><a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2023\/11\/12\/o-futura-e-ancestra-sine-qua-non-art\/\" title=\"\">Sine Qua Non Art<\/a><\/strong>, qui interroge le genre et navigue entre performance arty, d\u00e9ambulation et propositions collectives. Ici, le projet prend la forme d\u2019un oratorio punk et queer pour cinq voix f\u00e9minines \u2014 un casting parfait \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie d\u00e9flagrante. Pourtant, cette force se trouve partiellement dilu\u00e9e par les manipulations visibles \u2014 micros et costumes \u00e0 vue \u2014 qui interrompent le flux et donnent l\u2019impression d\u2019une s\u00e9rie de s\u00e9quences l\u00e9g\u00e8rement disjointes. On sent que l\u2019\u00e9nergie pourrait culminer, mais qu\u2019elle est retenue, fragment\u00e9e par ces moments techniques, laissant le spectateur partag\u00e9 entre admiration et circonspection.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9 Lucie Gagneux <em>PINK MATTERS<\/em> &#8211; Sine Qua Non Art<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/festivalacorps.com\/\">Festival \u00c0 Corps &#8211; le corps et ses repr\u00e9sentations contemporaines<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Maison des \u00e9tudiants, vendredi 27 mars. 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