{"id":10759,"date":"2026-03-08T10:11:08","date_gmt":"2026-03-08T09:11:08","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10759"},"modified":"2026-03-08T10:26:59","modified_gmt":"2026-03-08T09:26:59","slug":"canine-jaunatre-3-ballet-de-lopera-de-lyon-marlene-monteiro-freitas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/03\/08\/canine-jaunatre-3-ballet-de-lopera-de-lyon-marlene-monteiro-freitas\/","title":{"rendered":"Canine Jaun\u00e2tre 3 &#8211; Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon &amp; Marlene Monteiro Freitas"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"http:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10761\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Umoove-site-internet-5.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>La danse carnavalesque et m\u00e9canique de Marlene Monteiro Freitas<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dans l\u2019univers de Marlene Monteiro Freitas, les corps n\u2019entrent jamais simplement en sc\u00e8ne : ils sont convoqu\u00e9s, presque assign\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre. La chor\u00e9graphe cap-verdienne, form\u00e9e \u00e0 Bruxelles et d\u00e9sormais figure majeure de la danse contemporaine europ\u00e9enne, cultive depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie un th\u00e9\u00e2tre physique o\u00f9 le masque, la grimace et la m\u00e9tamorphose tiennent lieu de langage. Ses interpr\u00e8tes n\u2019y sont ni tout \u00e0 fait humains, ni tout \u00e0 fait marionnettes : ils vacillent entre les deux, comme si l\u2019organique avait d\u00e9cid\u00e9 de se comporter en m\u00e9canique d\u00e9traqu\u00e9e.<\/h2>\n\n\n\n<p>Sa pi\u00e8ce <strong><em>Canine Jaun\u00e2tre 3<\/em><\/strong>, cr\u00e9\u00e9e en 2018 pour la <strong>Batsheva Dance Company<\/strong> \u00e0 la demande d\u2019<strong>Ohad Naharin<\/strong>, trouve aujourd\u2019hui une nouvelle incarnation avec le Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon. L\u2019intuition initiale \u00e9tait juste : la pi\u00e8ce ne se contente pas de survivre \u00e0 sa transmission, elle semble au contraire s\u2019y amplifier. Dans un monde qui s\u2019habitue chaque jour davantage \u00e0 l\u2019absurde organis\u00e9, ce spectacle r\u00e9sonne avec une justesse presque inqui\u00e9tante.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout commence comme un match. Ou plut\u00f4t comme la parodie obstin\u00e9e d\u2019un match. Sur sc\u00e8ne, les danseurs sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, group\u00e9s en cercle, scandant un chant collectif qui tient \u00e0 la fois de l\u2019hymne et de l\u2019incantation. Tous portent le num\u00e9ro 3 \u2014 un d\u00e9tail qui cesse tr\u00e8s vite d\u2019en \u00eatre un, tant le chiffre devient la v\u00e9ritable obsession structurelle de la pi\u00e8ce. Trois danseurs, trois trajectoires, trois variations : le plateau se compose et se recompose selon cette arithm\u00e9tique \u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p>Le costume, lui aussi, semble tir\u00e9 d\u2019un vestiaire improbable : surv\u00eatements noirs, chaussettes blanches, gants de caoutchouc indigo et ces curieux repose-nuques verts que l\u2019on associe davantage aux vols long-courriers qu\u2019\u00e0 la danse. Les visages sont maquill\u00e9s comme des caricatures d\u2019eux-m\u00eames : menton soulign\u00e9 de blanc, l\u00e8vres rouges, regards \u00e9carquill\u00e9s. Chez Freitas, la chor\u00e9graphie ne s\u2019arr\u00eate jamais au corps \u2014 elle envahit la face enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne est travers\u00e9e de fils \u00e9lastiques tendus \u00e0 l\u2019avant, comme si le plateau h\u00e9sitait entre ring de boxe et terrain de sport. Un chronom\u00e8tre digital domine le fond de sc\u00e8ne. Tout indique que l\u2019on va assister \u00e0 une comp\u00e9tition. Mais \u00e0 mesure que le spectacle avance, il devient \u00e9vident que la comp\u00e9tition n\u2019a pas d\u2019objet, et que les r\u00e8gles ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par un protocole d\u2019absurdit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les danseurs ex\u00e9cutent des s\u00e9quences millim\u00e9tr\u00e9es : marches raides, gestes en saccades, chevilles battant la mesure comme des m\u00e9tronomes humains. Par moments, ils ressemblent \u00e0 des avatars sortis d\u2019un jeu vid\u00e9o ancien ; \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 des automates \u00e9chapp\u00e9s d\u2019une vitrine de magasin de jouets. Les trios se croisent, se superposent, r\u00e9p\u00e8tent chacun leur partition jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u0153il du spectateur renonce \u00e0 tout suivre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce chaos n\u2019est pourtant qu\u2019apparent. Freitas orchestre la confusion avec une pr\u00e9cision quasi musicale. Cris, r\u00e2les, borborygmes et coups de sifflet ponctuent l\u2019action, tandis qu\u2019une bande-son d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment excessive convoque <strong>Nick Cave, Mahler, Amy Winehouse, Steve Reich, Villa-Lobos<\/strong> ou encore <strong>Rihanna<\/strong>. Ce m\u00e9lange improbable fonctionne pourtant avec une efficacit\u00e9 redoutable : la pi\u00e8ce avance comme un carnaval parfaitement r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui fascine, c\u2019est la tension permanente qui habite les corps. Les danseurs semblent mus par une \u00e9nergie \u00e9lectrique qui emp\u00eache toute fluidit\u00e9. Chaque mouvement est contraint, crisp\u00e9, comme retenu par un ressort invisible. Et lorsque la machine para\u00eet s\u2019emballer \u2014 quand l\u2019excitation collective atteint presque une forme d\u2019hyst\u00e9rie \u2014 la sc\u00e8ne s\u2019interrompt brutalement pour basculer ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Freitas ma\u00eetrise l\u2019art du d\u00e9r\u00e8glement programm\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, derri\u00e8re le burlesque, affleure autre chose. Une r\u00e9flexion, peut-\u00eatre, sur le pouvoir et ses mises en sc\u00e8ne contemporaines. Les corps deviennent m\u00e9caniques, les gestes imitent parfois la mitrailleuse, et certains tableaux \u00e9voquent de mani\u00e8re troublante les cygnes du Lac de Tcha\u00efkovski, mais transform\u00e9s en silhouettes maladroites, presque mena\u00e7antes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monde de Freitas ressemble \u00e0 un carnaval o\u00f9 l\u2019on danserait d\u00e9j\u00e0 sur les ruines de quelque chose. Les visages y sont grotesques, les gestes r\u00e9p\u00e9titifs, et l\u2019ordre y ressemble \u00e9trangement \u00e0 une forme sophistiqu\u00e9e de chaos.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait craindre qu\u2019une pi\u00e8ce d\u2019une heure trente s\u2019\u00e9puise dans son propre dispositif. Mais le contraire se produit. Le temps file avec une rapidit\u00e9 inattendue, comme si le regard, d\u2019abord d\u00e9sorient\u00e9, apprenait progressivement \u00e0 naviguer dans cette constellation d\u2019actions simultan\u00e9es. On rep\u00e8re une individualit\u00e9, puis une autre ; on s\u2019attache \u00e0 un d\u00e9tail, \u00e0 une grimace, \u00e0 un geste absurde.<\/p>\n\n\n\n<p>Et soudain, on rit. Car derri\u00e8re la virtuosit\u00e9 \u2014 r\u00e9elle \u2014 des interpr\u00e8tes du Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon, il y a surtout cette jubilation \u00e9trange que Freitas installe dans ses spectacles : la sensation que le monde, d\u00e9cid\u00e9ment, est devenu trop bizarre pour \u00eatre pris tout \u00e0 fait au s\u00e9rieux. Ce qui, au fond, est peut-\u00eatre la forme la plus honn\u00eate de lucidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9 Marc Domage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vu \u00e0 La Coursive, le mercredi 4 mars 2026<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La danse carnavalesque et m\u00e9canique de Marlene Monteiro Freitas Dans l\u2019univers de Marlene Monteiro Freitas, les corps n\u2019entrent jamais simplement en sc\u00e8ne : ils sont convoqu\u00e9s, presque assign\u00e9s \u00e0 compara\u00eetre. La chor\u00e9graphe cap-verdienne, form\u00e9e \u00e0 Bruxelles et d\u00e9sormais figure majeure de la danse contemporaine europ\u00e9enne, cultive depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie un th\u00e9\u00e2tre physique o\u00f9 le &hellip;<\/p>\n<p class=\"read-more\"> <a class=\"\" href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/03\/08\/canine-jaunatre-3-ballet-de-lopera-de-lyon-marlene-monteiro-freitas\/\"> <span class=\"screen-reader-text\">Canine Jaun\u00e2tre 3 &#8211; Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Lyon &amp; Marlene Monteiro Freitas<\/span> Lire la suite\u00a0\u00bb<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","footnotes":""},"categories":[8],"tags":[474,249,453],"class_list":["post-10759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critique-critique","tag-ballet-de-lopera-de-lyon","tag-marlene-monteiro-freitas","tag-ohad-naharin"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10759"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10759\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10769,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10759\/revisions\/10769"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}