{"id":10541,"date":"2026-01-22T18:20:35","date_gmt":"2026-01-22T17:20:35","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10541"},"modified":"2026-01-22T18:21:29","modified_gmt":"2026-01-22T17:21:29","slug":"into-the-hairy-ballet-grotesque-de-chair-et-de-mecanique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2026\/01\/22\/into-the-hairy-ballet-grotesque-de-chair-et-de-mecanique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Into the Hairy\u00a0\u00bb, ballet grotesque de chair et de m\u00e9canique"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10542\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/Umoove-site-internet-1-2.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Into the Hairy<\/em> : le titre intrigue, voire inqui\u00e8te. En anglais, <em>hairy<\/em> \u00e9voque moins la pilosit\u00e9 que l\u2019id\u00e9e d\u2019une situation redoutable, d\u2019un imbroglio dont on ne sort pas indemne \u2014 une affaire \u00e9pineuse, en somme. Alors, pourquoi s\u2019y aventurer ? Parce que Sharon Eyal, chor\u00e9graphe isra\u00e9lienne au style aussi reconnaissable qu\u2019un coup de pinceau de ma\u00eetre, ne cesse de surprendre. On la croyait engag\u00e9e sur la voie d\u2019un apaisement, apr\u00e8s avoir sign\u00e9 en novembre 2021 <em>Promise<\/em> pour la compagnie allemande <a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/tanzmainz\/?hl=fr\" title=\"Tanzmainz\">Tanzmainz<\/a> \u2014 un septuor lumineux, presque joyeux, c\u00e9l\u00e9brant les retrouvailles post-confinement. Las, avec <em>Into the Hairy<\/em> (2023) par sa propre compagnie L-E-V, Eyal brouille \u00e0 nouveau les pistes.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un cauchemar chor\u00e9graphique, superbement ex\u00e9cut\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Into the Hairy<\/em> de Sharon Eyal n\u2019est pas une \u0153uvre pour les \u00e2mes sensibles. C\u2019est un spectacle qui s\u2019accroche \u00e0 l\u2019esprit comme un r\u00eave fi\u00e9vreux, un ballet grotesque o\u00f9 le corps humain est \u00e0 la fois glorifi\u00e9 et d\u00e9mantel\u00e9, o\u00f9 la fronti\u00e8re entre l\u2019organique et le m\u00e9canique s\u2019estompe jusqu\u2019\u00e0 devenir troublante. Ici, la danse n\u2019est pas une expression de la sexualit\u00e9, mais plut\u00f4t sa dissection clinique, une \u00e9tude de la mani\u00e8re dont les corps se meuvent une fois d\u00e9pouill\u00e9s de tout sentiment, r\u00e9duits \u00e0 leurs impulsions les plus primitives, les plus artificielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les sept interpr\u00e8tes, v\u00eatu.es de justaucorps de dentelle noire, \u00e9voluent comme un organisme unique et palpitant. Leurs membres se tordent, s\u2019inversent, leurs avant-bras et leurs mains se contorsionnent en gestes \u00e9voquant le portage, la mendicit\u00e9, la ruse \u2014 jamais tout \u00e0 fait humains, jamais tout \u00e0 fait m\u00e9caniques. L\u2019effet est \u00e0 la fois hypnotique et d\u00e9rangeant. Sharon Eyal, ancienne danseuse de la compagnie Batsheva et disciple de la technique Gaga d\u2019Ohad Naharin, pousse ses interpr\u00e8tes \u00e0 des extr\u00eames de tension et de rel\u00e2chement. Leurs mouvements sont d\u2019une pr\u00e9cision obsessionnelle, r\u00e9p\u00e9titifs, presque autistiques. Ils ne dansent pas tant qu\u2019ils sont dans\u00e9s, marionnettes d\u2019un rituel qui les d\u00e9passe.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Lumi\u00e8re, musique et l\u2019illusion de la vie<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Les \u00e9clairages d\u2019Alon Cohen ne se contentent pas de cr\u00e9er une ambiance : ils op\u00e8rent comme un scalpel. Ils d\u00e9coupent les corps des danseurs dans l\u2019obscurit\u00e9, les r\u00e9v\u00e9lant par fragments \u2014 un bras ici, un torse l\u00e0 \u2014 avant de les r\u00e9assembler en une totalit\u00e9 monstrueuse. On a moins l\u2019impression d\u2019assister \u00e0 une danse que d\u2019observer un sp\u00e9cimen sous microscope, ou peut-\u00eatre une colonie d\u2019insectes, dont les mouvements, synchronis\u00e9s, presque toujours sur des demi-pointes douloureuses, restent \u00e9trangement individuels.<\/p>\n\n\n\n<p>La partition, sign\u00e9e par le musicien \u00e9lectro britannique Koreless, est un coup de ma\u00eetre. Ce n\u2019est pas tant de la musique qu\u2019un environnement sonore, une pulsation implacable qui propulse les danseurs vers l\u2019avant, leurs corps r\u00e9agissant comme sous l\u2019effet d\u2019un courant \u00e9lectrique. Il y a des moments de m\u00e9lodie inqui\u00e9tante, des \u00e9chos de cordes hispaniques, mais le son dominant est un cliquetis m\u00e9canique \u2014 un battement de c\u0153ur, peut-\u00eatre, ou le tic-tac d\u2019une horloge comptant les secondes avant une fin annonc\u00e9e. <em>Il arrive que la danse s\u2019accroche un peu trop servilement \u00e0 la musique, comme si elle craignait de perdre le fil \u2014 mais cette h\u00e9sitation, quand elle survient, se dissout bien vite sous l\u2019effet envo\u00fbtant de la pi\u00e8ce. Le spectateur, saisi par une sorte de transe collective, oublie alors ces moments de surench\u00e8re pour se laisser emporter par l\u2019alchimie sc\u00e9nique<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le corps comme champ de bataille<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>La chor\u00e9graphie d\u2019Eyal est \u00e0 son apog\u00e9e lorsqu\u2019elle explore la tension entre l\u2019individu et le collectif. Les danseurs se meuvent \u00e0 l\u2019unisson, formant une seule entit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un corps, soudain, s\u2019en \u00e9chappe. Un homme s\u2019enfonce dans un grand pli\u00e9, les doigts agit\u00e9s comme s\u2019il enfilait un fil invisible \u00e0 travers sa propre chair. Une femme est soulev\u00e9e, \u00e9tir\u00e9e, rel\u00e2ch\u00e9e. Ces instants de rupture sont les seules concessions de l\u2019\u0153uvre \u00e0 une forme de r\u00e9cit, et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment leur raret\u00e9 qui les rend si puissants.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019image finale est hantante : une femme enserre de son bras le torse d\u2019un homme allong\u00e9, son visage \u00e9mergeant au centre du groupe comme un fant\u00f4me surgissant de l\u2019inconscient collectif. Un moment de tendresse, peut-\u00eatre, ou de possession. Quoi qu\u2019il en soit, il reste ambigu, \u00e0 l\u2019image de toute la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une danse pour l\u2019\u00e8re de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>Into the Hairy<\/em> n\u2019est pas une \u0153uvre facile. Elle ne cherche pas \u00e0 l\u2019\u00eatre. C\u2019est une cr\u00e9ation qui exige l\u2019attention, qui refuse de r\u00e9conforter ou de flatter. Sharon Eyal, en collaboration avec son complice de longue date Gai Behar, a con\u00e7u quelque chose qui semble d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment contemporain : une danse pour l\u2019\u00e8re de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, o\u00f9 le corps est \u00e0 la fois sacr\u00e9 et profane, o\u00f9 la beaut\u00e9 et la grotesquerie ne font qu\u2019un. Une provocation n\u00e9cessaire en somme. Ce n\u2019est pas toujours agr\u00e9able, mais c\u2019est toujours captivant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9<\/strong> <strong>Katerina Jebb<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Into the Hairy : le titre intrigue, voire inqui\u00e8te. En anglais, hairy \u00e9voque moins la pilosit\u00e9 que l\u2019id\u00e9e d\u2019une situation redoutable, d\u2019un imbroglio dont on ne sort pas indemne \u2014 une affaire \u00e9pineuse, en somme. Alors, pourquoi s\u2019y aventurer ? 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