{"id":10056,"date":"2025-11-26T18:31:22","date_gmt":"2025-11-26T17:31:22","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10056"},"modified":"2025-11-26T18:43:57","modified_gmt":"2025-11-26T17:43:57","slug":"animale-geometrique-premier-regard-a-la-manufacture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/11\/26\/animale-geometrique-premier-regard-a-la-manufacture\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Animale G\u00e9om\u00e9trique\u00a0\u00bb : premier regard \u00e0 La Manufacture"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10057\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-1-3.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>C\u2019est \u00e0 La Rochelle, dans le cadre du <em><a href=\"https:\/\/studiophantom-elsaguerin.com\/\" title=\"\">Premier Regard<\/a><\/em> de La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine \u2014 cet \u00e9crin chor\u00e9graphique qui s\u2019ouvre avec un bonheur discret mais d\u00e9termin\u00e9 aux arts vivants au-del\u00e0 de la danse \u2014 que nous avons d\u00e9couvert les premi\u00e8res recherches d\u2019<em>Animale g\u00e9om\u00e9trique<\/em>. Une pr\u00e9sentation o\u00f9 le jonglage, invit\u00e9 rare en ces murs, trouvait une place nouvelle : celle d\u2019un art en chantier, fragile, vibrant, offert au public dans la nudit\u00e9 de son invention.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il arrive, parfois, qu\u2019on assiste \u00e0 une pr\u00e9sentation de travail comme on entre dans une chambre d\u2019\u00e9chos : rien n\u2019est encore d\u00e9cid\u00e9, tout r\u00e9sonne. Les choses sont fragiles, instables, presque en fuite \u2014 et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que le geste artistique, mis \u00e0 nu, devient le plus parlant.<br>Ce Premier regard d\u2019<em>Animale g\u00e9om\u00e9trique<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 par <strong>Elsa Gu\u00e9rin<\/strong> \u00e0 La Manufacture, accompagn\u00e9e du jeune <strong>Tom Neyret<\/strong>, \u00a0relevait de cet ordre-l\u00e0 : une sorte de clair-obscur cr\u00e9atif o\u00f9 l\u2019artiste, presque malgr\u00e9 elle, r\u00e9v\u00e9lait plus qu\u2019un extrait, mais un \u00e9tat d\u2019\u00e2me en construction.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais dire que les balles tombaient comme des id\u00e9es, ou des aveux. Mais ce serait faux. Elles tombaient comme tombent les aiguilles d\u2019une horloge int\u00e9rieure \u2014 celle qu\u2019une spectatrice \u00e9voque lorsqu\u2019elle parle de ce <em>\u00ab bruit des balles comme un son d\u2019horloge \u00bb<\/em>. Une horloge que le duo &nbsp;n\u2019essaie pas de r\u00e9gler, mais d\u2019\u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le projet qui \u00e9chappe \u2014 volontairement<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>D\u2019embl\u00e9e, Elsa avoue :<em>\u00ab C\u2019est un projet dont j\u2019ai du mal \u00e0 parler, comme s\u2019il m\u2019\u00e9chappait tout le temps\u2026 \u00bb<\/em> J\u2019ai aim\u00e9 cette phrase autant qu\u2019elle semblait la g\u00eaner. Elle en parlait comme on parle d\u2019un animal semi-sauvage qu\u2019on tente d\u2019apprivoiser : un projet qui surgit, se d\u00e9fait, se recompose, insiste et se soustrait dans le m\u00eame mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019elle cherche \u2014 dit-elle \u2014 c\u2019est l\u2019<strong>intersection<\/strong> entre jonglage, danse, musique, motif, r\u00e9p\u00e9tition, et cet <em>\u00e9tat second<\/em> qui na\u00eet non pas d\u2019un grand fracas rituel, mais du plus simple balancement du corps, du plus \u00e9l\u00e9mentaire passage d\u2019une balle d\u2019une main \u00e0 l\u2019autre.<br>Surtout, elle insiste : <em>\u00ab Je ne fais pas une pi\u00e8ce autour de la transe. Le mot est \u00e0 la mode. Je cherche cet \u00e9tat second n\u00e9 du motif, de la r\u00e9p\u00e9tition\u2026 une transe l\u00e9g\u00e8re, un dessaisissement de soi. \u00bb<\/em> L\u00e0 est peut-\u00eatre la clef : un refus du spectaculaire, du sensationnel, au profit d\u2019une transe intime, presque domestique, comme un fr\u00e9missement clandestin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Trifrontale : les spectateurs au plus pr\u00e8s de la m\u00e9canique<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>La salle \u00e9tait dispos\u00e9e en tri-frontal, comme pour nous rendre complices, ou t\u00e9moins privil\u00e9gi\u00e9s, de ce qui se joue entre les corps, les balles, et le son encore en devenir. <em>\u00ab Vous \u00eates proches pour acc\u00e9der aux petits sons \u00bb<\/em>, explique-t-elle. On les entend en effet : un frottement, un tap, un souffle de balle sur la peau.<\/p>\n\n\n\n<p>La proximit\u00e9 fait son \u0153uvre : elle installe une \u00e9coute plus sensible que la musique \u2014 qui n\u2019existe pas encore vraiment. <em>\u00ab Notre cr\u00e9ateur sonore a produit quatre petites mati\u00e8res sonores, mais nous n\u2019avons pas encore trouv\u00e9 l\u2019ambiance de la pi\u00e8ce. Nous cherchons encore. \u00bb<\/em> Rares sont les artistes qui osent livrer au public ce degr\u00e9 de nudit\u00e9 et d\u2019incertitude. C\u2019est pourtant l\u00e0 que se loge la beaut\u00e9 du moment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Danser en jonglant, jongler en dansant : l\u2019indivision<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>La chor\u00e9graphe le dit sans d\u00e9tour : <em>\u00ab Je suis jongleuse-danseuse. Je n\u2019ai jamais distingu\u00e9 les deux. Dans les m\u00e9tiers, si. \u00bb<\/em> Elle raconte combien il est exceptionnel d\u2019\u00eatre accueillie dans un lieu d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la danse, tant le jonglage y est souvent per\u00e7u comme un membre \u00e9loign\u00e9 de la famille \u2014 tol\u00e9r\u00e9, parfois, mais rarement invit\u00e9 \u00e0 table. Ici, pourtant, la jonction se fait naturellement : une balle qui monte est d\u00e9j\u00e0 un geste chor\u00e9graphique ; un d\u00e9placement lat\u00e9ral devient un ruban qui relie les deux interpr\u00e8tes ; un souffle d\u2019efforts tient lieu de contrepoint rythmique.<\/p>\n\n\n\n<p>Et vient ce moment, signal\u00e9 par un spectateur-jongleur amateur : <em>\u00ab Quand vous l\u00e2chez les balles et poursuivez vos mouvements sans les objets, c\u2019est chor\u00e9graphique. Et si beau\u2026 quand on sait qu\u2019il est si difficile, pour un jongleur, de faire tomber volontairement ses balles. \u00bb<\/em> Gu\u00e9rin sourit, presque honteuse : <em>\u00ab Ce que vous avez vu a \u00e9t\u00e9 produit \u00e0 l\u2019arrache, work in prgress\u2026 Mais nous sommes friands de vos retours enthousiastes car c\u2019est l\u2019effet que nous escomptions. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019abandon des balles \u2014 ce geste si difficile pour elle \u2014 devient pourtant l\u2019un des ressorts po\u00e9tiques les plus puissants. Sans balles, les mains continuent de tracer les trajectoires. On croit encore voir les sph\u00e8res flotter, fantomatiques, dans l\u2019air. Nous sommes tromp\u00e9s, ou enchant\u00e9s \u2014 au choix.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>La m\u00e9canique, le souffle, l\u2019invisible<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>Ce qui est montr\u00e9 ici n\u2019est pas un spectacle, mais sa charpente. Deux interpr\u00e8tes, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, synchrones mais jamais parfaitement superposables, oscillent des jambes, balancent le buste, tissent des motifs g\u00e9om\u00e9triques d\u2019une \u00e9pure presque rituelle. La r\u00e9p\u00e9tition s\u2019installe, insinue son rythme. Gu\u00e9rin explique : <em>\u00ab Ce mouvement de balancement que nous faisons tout du long\u2026 induit un rythme lancinant qui am\u00e8ne \u00e0 cet \u00e9tat second. \u00bb<\/em> La pi\u00e8ce avance comme un man\u00e8ge silencieux, une horlogerie organique o\u00f9 la pr\u00e9cision n\u2019est jamais tyrannique : il s\u2019agit d\u2019\u00eatre ensemble sans \u00eatre \u201ccal\u00e9s\u201d, d\u2019\u00e9pouser un rythme sans jamais vraiment l\u2019\u00e9pouser. Elle le dit avec simplicit\u00e9 :<em>\u00ab On s\u2019est efforc\u00e9s de ne pas \u00eatre cal\u00e9s sur un rythme sp\u00e9cifique\u2026 Pour ne pas \u00eatre trop carr\u00e9. \u00bb<\/em> Il y a l\u00e0 une r\u00e9sistance au formatage, \u00e0 la chor\u00e9graphie m\u00e9tronomique, au spectaculaire. Une recherche d\u2019un point instable o\u00f9 tout peut encore basculer \u2014 et o\u00f9 l\u2019\u00e9tat second guette.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une artiste qui creuse, d\u00e9terre, relie<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>La trajectoire d\u2019Elsa Gu\u00e9rin \u00e9claire le projet. Form\u00e9e aux arts plastiques, fa\u00e7onn\u00e9e par la danse, travers\u00e9e par le rock psych\u00e9d\u00e9lique de son adolescence, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au jonglage comme \u00e0 un art total en 1998, elle a toujours cherch\u00e9 les lieux de porosit\u00e9 : entre cirque et th\u00e9\u00e2tre, entre geste et r\u00e9cit, entre g\u00e9om\u00e9trie et chaos, entre rituel et quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec Studio Phant\u00f4m, elle a entrepris de <strong>r\u00e9activer les sources sacr\u00e9es et rituelles du jonglage<\/strong> : ce qui soigne, ce qui conjure, ce qui transforme la dur\u00e9e en exp\u00e9rience. Dans <em>Animale G\u00e9om\u00e9trique<\/em>, cela se per\u00e7oit \u00e0 travers les motifs, les r\u00e9p\u00e9titions, les jeux de lenteur et de vitesse, les oscillations des corps. Elle parle d\u2019un art qui pi\u00e9tine m\u00e9taphoriquement les codes du beau \u2014 et cela se sent : une sorte de beaut\u00e9 nue, r\u00e9tive, anti-finale, anti-polissage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vertige naissant \u2014 ou la promesse du spectacle \u00e0 venir<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p>On sort de cette pr\u00e9sentation avec l\u2019impression d\u2019avoir aper\u00e7u l\u2019esquisse d\u2019un animal encore en sommeil : une structure g\u00e9om\u00e9trique fragile, presque transparente, mais d\u00e9j\u00e0 vivante. Le duo d\u2019interpr\u00e8tes, dans ce man\u00e8ge minimaliste, fr\u00f4le parfois une intensit\u00e9 douce, presque extatique \u2014 mais toujours retenue, comme si l\u2019artiste exigeait du public une patience rare : voir non ce qui est, mais ce qui pourrait advenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Et quelque chose advient d\u00e9j\u00e0, pourtant : la persistance des trajectoires invisibles, la respiration commune, la tension d\u2019un geste qui h\u00e9site entre ma\u00eetrise et abandon.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9<\/strong> <strong>Jean-Marc HELIES-BLUE.LAGOON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/studiophantom-elsaguerin.com\/\">Studio Phant\u00f4m &#8211; Elsa Gu\u00e9rin<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est \u00e0 La Rochelle, dans le cadre du Premier Regard de La Manufacture CDCN Nouvelle-Aquitaine \u2014 cet \u00e9crin chor\u00e9graphique qui s\u2019ouvre avec un bonheur discret mais d\u00e9termin\u00e9 aux arts vivants au-del\u00e0 de la danse \u2014 que nous avons d\u00e9couvert les premi\u00e8res recherches d\u2019Animale g\u00e9om\u00e9trique. 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