{"id":10029,"date":"2025-11-25T15:20:23","date_gmt":"2025-11-25T14:20:23","guid":{"rendered":"https:\/\/umoove.art\/?p=10029"},"modified":"2026-01-14T06:18:56","modified_gmt":"2026-01-14T05:18:56","slug":"carmen-amaya-revisitee-par-aina-alegre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2025\/11\/25\/carmen-amaya-revisitee-par-aina-alegre\/","title":{"rendered":"Carmen Amaya revisit\u00e9e par Aina Alegre"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"819\" src=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1-1024x819.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-10030\" srcset=\"https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1-1024x819.jpg 1024w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1-300x240.jpg 300w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1-768x614.jpg 768w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1-1536x1229.jpg 1536w, https:\/\/umoove.art\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Umoove-site-internet-2-1.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Port\u00e9e par la m\u00e9moire ardente de Carmen Amaya, figure l\u00e9gendaire du flamenco, la co-directrice du CCN de Grenoble signe une pi\u00e8ce o\u00f9 l\u2019h\u00e9ritage devient mati\u00e8re vive. Entre r\u00e9miniscences, \u00e9clats d\u2019\u00e9nergie et r\u00e9inventions, la chor\u00e9graphe ouvre un espace travers\u00e9 par un fant\u00f4me incandescent, que les interpr\u00e8tes s\u2019approprient pour mieux en lib\u00e9rer la puissance. Une danse qui embrase le plateau autant qu\u2019elle r\u00e9active une histoire. Ardent.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il est des spectacles qui ne commencent pas au moment o\u00f9 les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, mais bien plus t\u00f4t, dans cette r\u00e9gion trouble o\u00f9 la m\u00e9moire s\u2019avance vers nous avec la lenteur d\u2019une mar\u00e9e. <em>Fugaces<\/em> appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie rare. <a href=\"https:\/\/umoove.art\/index.php\/2023\/01\/18\/festival-30-30\/\" title=\"\">Aina Alegre<\/a> n\u2019y convoque pas seulement une figure du pass\u00e9 : elle invite une pr\u00e9sence, peut-\u00eatre m\u00eame une survivance. Et lorsqu\u2019une silhouette se d\u00e9tache du lointain, on comprend que ce qui vient vers nous n\u2019est pas un simple corps, mais l\u2019ombre ardente de Carmen Amaya, dont la danse fut jadis une mani\u00e8re de d\u00e9fier le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette apparition n\u2019imite rien. Un bras s\u2019\u00e9l\u00e8ve, mais refuse de se refermer sur la pure forme du braceo. Un pied frappe le sol, mais se retient avant de devenir zapateado. Ainsi proc\u00e8de la m\u00e9moire : elle ne reproduit pas, elle transforme. Ce que l\u2019on voit alors, c\u2019est un \u00e9tat \u2013 une tension dans la colonne, un feu dans les yeux, une inclinaison du torse qui tient \u00e0 la fois de l\u2019offrande et de la lutte. Les sept interpr\u00e8tes qui accompagnent cette premi\u00e8re vision forment peu \u00e0 peu une communaut\u00e9 silencieuse, fa\u00e7onn\u00e9e par un m\u00eame souffle, comme si un vent venu d\u2019avant eux s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9 sous leur peau.<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne elle-m\u00eame semble un organisme vivant. La bande sonore, avec sa pr\u00e9cision presque implacable, traverse l\u2019espace en rafales : elle ne soutient pas les danseurs, elle les met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. Chaque percussion r\u00e9sonne comme un rappel de l\u2019\u00e2pret\u00e9 du monde. Les lumi\u00e8res, pulsant parfois comme un c\u0153ur \u00e0 la fois obstin\u00e9 et lointain, sculptent les silhouettes de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019ensemble cr\u00e9e un paysage o\u00f9 l\u2019humain et l\u2019\u00e9l\u00e9mentaire se confondent, o\u00f9 les corps deviennent des clairi\u00e8res dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>On voit alors se d\u00e9ployer une succession de tableaux, non comme des \u00e9pisodes d\u2019un r\u00e9cit, mais comme les \u00e9tats successifs d\u2019un m\u00eame organisme collectif. Solos, duos, groupes compacts : leurs formations naissent, se disloquent, se recomposent, avec la logique secr\u00e8te d\u2019une ruche ou d\u2019une arm\u00e9e antique. Les danseurs avancent vers le public, respirent, s\u2019ouvrent, se replient. Il y a dans leurs gestes quelque chose d\u2019une fraternit\u00e9 ancienne, celle qui unit les figures rituelles plus que les individus.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis survient le moment o\u00f9 la pulsation du monde semble s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. La trame obstin\u00e9e du Bol\u00e9ro de Maurice Ravel s\u2019insinue, non comme une citation, mais comme un fil de vie. Une interpr\u00e8te en manipule la m\u00e9lodie au trombone \u00e0 coulisse, la tirant, la distordant, la for\u00e7ant \u00e0 rena\u00eetre sous une forme plus \u00e2pre, presque tellurique. \u00c0 cet instant, la sc\u00e8ne devient un lieu d\u2019exaltation : les corps s\u2019abandonnent \u00e0 la spirale, mais jamais au d\u00e9sordre ; la danse se fait invocation, peut-\u00eatre m\u00eame conjuration contre ce qui menace de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Car <em>Fugaces<\/em> n\u2019est pas seulement un hommage. Il est la m\u00e9ditation d\u2019une chor\u00e9graphe sur ce que signifie transmettre sans figer, appeler sans emprisonner. Amaya n\u2019est pas ramen\u00e9e \u00e0 la vie : sa pr\u00e9sence traverse ces corps comme un fleuve souterrain traverse un paysage, le modifiant sans jamais s\u2019y attarder. Ce que nous voyons, c\u2019est la trace vivante d\u2019un \u00e9clat ancien, prot\u00e9g\u00e9 par le geste contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort de <em>Fugaces<\/em> avec la sensation d\u2019avoir assist\u00e9 \u00e0 un rite o\u00f9 le temps se replie sur lui-m\u00eame. Aina Alegre, attentive comme un scribe des gestes, compose une \u0153uvre o\u00f9 la discipline n\u2019exclut pas la ferveur, o\u00f9 la beaut\u00e9 na\u00eet de la confrontation entre la rigueur du pr\u00e9sent et la fougue d\u2019une danseuse qui d\u00e9fia jadis les fronti\u00e8res de son art. <em>Fugaces<\/em>, grave et ardent, rappelle que la m\u00e9moire n\u2019est jamais un mus\u00e9e : elle est une force qui passe, une lumi\u00e8re fugitive qui \u00e9claire un instant nos corps avant de poursuivre sa route.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9dric Chaory<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00a9 Martin Argyroglo<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.ccn-grenoble.com\/\">Centre chor\u00e9graphique national de Grenoble &#8211; Aina Alegre et Yannick Hugron<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Port\u00e9e par la m\u00e9moire ardente de Carmen Amaya, figure l\u00e9gendaire du flamenco, la co-directrice du CCN de Grenoble signe une pi\u00e8ce o\u00f9 l\u2019h\u00e9ritage devient mati\u00e8re vive. 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