
Cinq ans après les premières réflexions en faveur d’un grand plan pour la danse, la dynamique impulsée par le Syndeac et ses partenaires franchit une nouvelle étape. À l’occasion de la publication du livret Ce que peut la danse, et dans un contexte particulièrement préoccupant pour le financement public du spectacle vivant et de la danse en particulier, Mélanie Perrier, membre du Conseil national et co-coordinatrice du groupe Danse du Syndeac avec Alexandre Bourbonnais, revient sur les enjeux de cette mobilisation collective. Elle présente les vingt propositions portées par le secteur et interroge la place que la danse peut occuper au sein des politiques publiques de demain.
Pouvez-vous revenir sur l’origine de CE QUE PEUT LA DANSE ?
Le groupe Danse au sein du SYNDEAC est un groupe rassemblant autant des compagnies que des lieux qui travaillent sur les problématiques spécifiques du secteur chorégraphique impulsant des chantiers de réflexion et de propositions très moteurs pour le milieu. Un important chantier a débuté en 2020. Bien qu’initié par le SYNDEAC, il a agrégé différents acteurs du secteur chorégraphique, notamment l’ACCN, l’ACDCN, Chorégraphes Associés, LAPAS, dans un souci de représentativité.
Ce premier travail a donné lieu à un diagnostic et à la publication d’un document de préconisations en vue d’un plan danse adressé au ministère de la Culture. Environ quarante-cinq personnes participaient à la démarche, réparties en trois groupes de travail. Le processus a duré huit mois, avec cette ambition initiale de produire un diagnostic aussi large que possible du secteur et de définir ce que pourrait être une grande politique publique en faveur de la danse.
Des présentations ont été faites auprès des autorités compétentes et plusieurs rendez-vous ont eu lieu avec le ministère. Puis, finalement, rien ne s’est concrétisé.
Nous voilà aujourd’hui en 2026. Le groupe a évolué, s’est élargi, et nous avons souhaité poursuivre cette dynamique, notamment à la faveur d’un changement de contexte ministériel. C’était l’occasion de réactualiser le diagnostic, dans un contexte où le secteur chorégraphique a été, et demeure, profondément fragilisé.
Nous nous sommes alors demandé ce qui avait changé en cinq ans. Nous avons relancé des consultations dans un calendrier plus resserré, mais toujours avec cet objectif central de diagnostic. Nous avons également entendu des interlocuteurs qui, soit n’existaient pas encore en 2020, soit n’avaient pas été associés à la première démarche : la Réunion des Opéras de France, entrendanse, l’Association des Conservatoires, l’Association des Chercheur·euses en danse, l’ONDA, le C ND, Sillage (le réseau des scènes conventionnées art et création pour la danse) , qui constituent un maillon particulièrement important de l’écosystème.
L’objectif était de disposer d’un état des lieux actualisé afin d’identifier les priorités et de déterminer les besoins réels du secteur, au-delà de la seule question des financements.
C’est ainsi que nous avons engagé ce travail d’actualisation. Il marque néanmoins une évolution importante par rapport à la première démarche. Nous avons déplacé le curseur avec une orientation plus affirmée : passer d’une logique centrée sur l’œuvre à une réflexion davantage tournée vers la permanence artistique.
Le livret affirme que la danse est à la fois une pratique artistique, sociale, éducative et de santé publique. Pourquoi estimez-vous que cette réalité reste encore insuffisamment reconnue par les décideurs publics ?
Dans un premier temps, si l’on se place sur le terrain de la reconnaissance des compagnies, il suffit d’observer la manière dont elles sont soutenues à travers les aides déconcentrées au spectacle vivant attribuées par le ministère. Aujourd’hui, qu’est-ce qui fait la valeur d’une compagnie pour le ministère ? Essentiellement sa diffusion. Autrement dit, on évalue son importance à l’aune du nombre de représentations et du volume de dates qu’elle réalise. Or nous nous heurtons à une impasse depuis plusieurs mois, voire plusieurs années : la diffusion a fortement chuté et continue de diminuer. Ce mode d’évaluation apparaît donc aujourd’hui largement obsolète. Cela ne signifie pas pour autant que l’activité des compagnies est en recul. Penser le contraire, c’est méconnaître profondément la nature de ce qu’elles produisent et apportent sur les territoires.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons consacré le premier chapitre du livret à définir précisément ce qu’est l’activité quotidienne d’une compagnie. Les danseurs et les danseuses ne passent pas leur temps uniquement sur les plateaux ou dans les studios. C’est peut-être une évidence pour les professionnels du secteur, mais cela reste encore insuffisamment compris. Ils mènent de nombreuses autres actions qui sont pleinement artistiques et qui participent de leur mission. Pourtant, ces activités ne sont ni réellement prises en compte par le ministère ni suffisamment reconnues par les collectivités publiques.
Nous sommes aujourd’hui confrontés à un enjeu de reconnaissance symbolique. On nous répond souvent : « D’accord, vous faites beaucoup de choses, mais ce qui nous intéresse, c’est le nombre de dates. » Or un artiste qui intervient dans un établissement de la Protection judiciaire de la jeunesse, dans un EHPAD, dans une école ou dans une crèche n’est pas moins artiste que lorsqu’il se produit sur une scène, quelle que soit d’ailleurs la taille de cette scène.
Il nous paraissait donc essentiel de poser ce constat dès le début du livret afin de favoriser une meilleure reconnaissance de l’ensemble des activités artistiques portées par les compagnies et de leur contribution réelle à la vie des territoires.
Le texte parle de « fragilités structurelles profondes » du secteur chorégraphique. Quelle est selon vous l’urgence absolue à traiter aujourd’hui ?
Le ministère nous a effectivement posé cette même question. Je ne vais pas botter en touche, mais il nous est difficile de désigner une préconisation comme étant plus essentielle qu’une autre, car la danse fonctionne comme un véritable écosystème. Nous ne sommes pas dans une logique de mesures ponctuelles destinées à répondre à une urgence immédiate. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons formulé à la fois des mesures pouvant être mises en œuvre rapidement et d’autres qui s’inscrivent dans un temps plus long.
Notre démarche est pragmatique : nous ne demandons pas que tout soit appliqué immédiatement, car cela serait irréaliste. Les différentes préconisations sont interdépendantes et participent d’une même vision d’ensemble. Il ne s’agit donc pas de considérer que la préconisation n°1 serait plus urgente que les autres.
L’enjeu est plutôt de réfléchir à l’ensemble de l’écosystème : ses acteurs, la place de la danse dans la société, la circulation des œuvres, les conditions d’insertion des jeunes artistes dans le secteur, ou encore les modes de coopération entre les différents acteurs.
Nous avons également indiqué au ministère que toutes les réponses ne passent pas nécessairement par des financements supplémentaires. Certaines de nos propositions relèvent avant tout de changements de pratiques, qu’il s’agisse des conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO), des critères d’évaluation ou des modes d’accompagnement. Bien entendu, nous ne disons pas que les moyens financiers ne sont pas nécessaires. Mais au-delà de la question budgétaire urgente, il est également indispensable de faire évoluer les mentalités et les modes de fonctionnement.
Le titre du livret est Ce que peut la danse. Selon vous, qu’est-ce que la danse apporte à la société que d’autres politiques publiques ont parfois du mal à produire ?
La danse a cette particularité d’agir simultanément sur plusieurs dimensions de la vie collective. Elle peut contribuer à la santé, favoriser l’intégration, renforcer le lien social, soutenir l’éducation et participer au bien-être des individus. En ce sens, elle constitue un véritable outil de santé publique et de cohésion sociale.
La difficulté est que nous ne sommes pas face à des logiques qui entrent facilement dans les cadres administratifs traditionnels. Chaque ministère gère son champ de compétences — la santé, l’éducation, la famille, le travail, la cohésion sociale — mais il existe encore trop peu de transversalité entre ces politiques publiques. Or la danse se situe précisément à la croisée de ces différents enjeux.
L’interministérialité reste aujourd’hui insuffisamment développée à l’échelle de l’État, même si certaines initiatives existent. C’est d’ailleurs pour cette raison, que dès la rentrée, une délégation composée de directeurs et directrices de compagnies ainsi que de responsables de théâtres solliciteront des rendez-vous auprès de plusieurs ministères, notamment ceux de la Santé, du Travail et de la Cohésion sociale. Nous espérons également que le ministère de la Culture sera pleinement associé à cette démarche.
Il y a un véritable travail d’acculturation à mener pour rendre cette transversalité à la fois réelle et efficace. Il faut d’abord faire comprendre la place qu’occupe la danse dans les domaines de la santé, de la famille, de l’éducation ou encore de la cohésion sociale. Car lorsqu’on fragilise la danse, ce ne sont pas seulement les artistes ou les structures culturelles qui sont touchés. Ce sont aussi des dynamiques qui contribuent à la santé publique, au vivre-ensemble et à l’éducation qui s’en trouvent affaiblies.
Nous ne pouvons plus raisonner en silos. Si l’on veut répondre efficacement aux grands défis sociaux de notre époque, il est indispensable de reconnaître la contribution transversale de la danse et de l’intégrer pleinement dans une réflexion commune entre les différentes politiques publiques.
Comment convaincre un décideur confronté à des arbitrages budgétaires que la danse n’est pas un coût mais un investissement collectif ?
Dès la première étape de notre démarche, en 2020, nous avions engagé un dialogue avec le ministère de la Culture. Aujourd’hui, nous souhaitons élargir cette réflexion aux collectivités territoriales, qui financent près de 80 % de la dépense publique en faveur de la culture et qui doivent, elles aussi, faire face à des contraintes budgétaires de plus en plus fortes.
Notre enjeu est donc de nous faire entendre auprès d’elles. C’est tout le sens du livret, mais aussi de ce tout nouveau set de fiches que nous avons conçues pour engager le dialogue avec les élu.es. Ces cartes constituent un outil spécifiquement destiné aux collectivités pour répondre précisément à cette question. Nous sommes partis des compétences obligatoires des communes, puis le groupe danse a mis en évidence, pour chacune d’entre elles, ce que la danse peut concrètement apporter. L’objectif est d’adopter le langage des décideurs publics afin de mieux faire comprendre la réalité de notre secteur, et en quoi elle participe à la santé publique, à la cohésion sociale, à l’éducation, à l’attractivité des territoires qui relèvent directement des responsabilités des collectivités.
Notre démarche consiste à engager le dialogue à partir de leurs priorités. Nous voulons leur demander : « Quels sont les enjeux de votre territoire ? Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés ? » À partir de là, nous pouvons montrer en quoi la danse peut constituer une ressource et contribuer à apporter des réponses.
C’est pourquoi nous avons constitué un réseau d’une centaine d’ambassadeurs lors du lancement en Avignon, qui ne sont d’ailleurs pas tous issus du Syndeac. Chacun s’est engagé à prendre en charge un ensemble de rendez-vous avec leurs collectivités. Un premier bilan de cette mobilisation sera réalisé à la rentrée afin d’évaluer son impact et de poursuivre ce travail de sensibilisation.

Les artistes ont souvent le sentiment de devoir faire toujours plus avec moins. Cette logique atteint-elle aujourd’hui ses limites ?
L’enjeu n’est pas simplement de demander davantage de financement au ministère de la Culture. Nous savons tous que ses marges de manœuvre sont limitées et qu’il ne peut pas, à lui seul, répondre à l’ensemble des difficultés du secteur. Cette situation doit aussi être l’occasion de repenser le système dans son ensemble, en associant pleinement celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
La question n’est donc pas uniquement financière. Elle concerne aussi la manière dont les projets naissent, sont accompagnés, produits et partagés. Il faut réfléchir aux modes de circulation des œuvres et des artistes, mais également aux coopérations qui peuvent se développer à l’intérieur même du secteur. La diffusion reste essentielle, bien sûr, mais elle ne peut plus être le seul horizon de réflexion.
De nombreuses initiatives existent déjà et mériteraient d’être davantage valorisées. Je pense notamment aux réseaux de mutualisation entre compagnies, aux formes de coopération entre les structures. Les acteurs du secteur sont prêts à réinventer leurs pratiques et à imaginer d’autres façons de travailler ensemble.
Cela suppose aussi de changer notre regard sur les compagnies. Il faut les considérer non seulement comme des structures de création artistique, mais également comme de véritables opérateurs culturels de proximité, au même titre que certains lieux culturels, même si leur rôle s’exerce différemment. Cette reconnaissance changerait beaucoup de choses dans la manière dont leur action est perçue et soutenue.
Ce que j’observe, c’est que les chorégraphes font preuve d’une formidable capacité d’invention pour faire vivre et partager la danse. De nombreuses initiatives innovantes viennent d’eux. Cette créativité et cette capacité d’adaptation existent déjà sur le terrain ; elles constituent une ressource précieuse pour penser l’avenir du secteur.
Le document défend la notion de « permanence artistique » plutôt qu’une logique centrée uniquement sur la production d’œuvres. Pourquoi ce changement de paradigme est-il important aujourd’hui ?
C’est sans doute l’un des changements les plus importants que nous défendons. Pendant longtemps, une compagnie a été principalement définie à travers les spectacles qu’elle produisait, le nombre de créations qu’elle présentait ou le volume de ses dates de diffusion. Aujourd’hui, cette vision ne correspond plus tout à fait à la réalité du terrain.
Une compagnie ne fabrique pas uniquement des œuvres. Elle développe une présence artistique continue sur les territoires, bien au-delà des théâtres et des lieux de représentation. Elle intervient dans les écoles, les structures sociales, les établissements de santé, les quartiers, les espaces publics. Elle crée des liens, accompagne des publics, construit des relations durables. C’est cette réalité que recouvre la notion de « permanence artistique ».
Contrairement à une idée encore largement répandue, les compagnies ne sont pas des acteurs intermittents de la vie culturelle. Elles sont présentes tout au long de l’année et participent pleinement à la vie sociale des territoires. Nous espérons que cette dimension sera davantage reconnue par le ministère. Ce qui est encourageant, en revanche, c’est que de nombreuses collectivités territoriales ont déjà commencé à intégrer cette logique. Depuis plusieurs années, elles développent des résidences de territoire et des dispositifs qui valorisent le temps long et la continuité de la présence artistique.
Ce changement de paradigme implique également de revoir certains modes de soutien. La multiplication des appels à projets et des dispositifs ponctuels sont devenus extrêmement chronophage et ne répondent plus aux besoins des acteurs. Il nous semble nécessaire de considérer davantage les compagnies comme des opérateurs culturels permanents qui irriguent un territoire dans la durée plutôt que comme des structures mises en concurrence à chaque nouveau projet.
Cette réflexion concerne aussi les dispositifs de conventionnement du ministère. La réforme engagée en 2020 a apporté certaines évolutions, mais plusieurs incohérences demeurent. On parle souvent de « parcours » de compagnie, comme si celui-ci devait suivre une trajectoire linéaire et prévisible. Or un parcours artistique n’est jamais une ligne droite. Une compagnie n’est pas une usine de production et la création ne se laisse pas enfermer dans des calendriers standardisés.
Certaines compagnies qui bénéficiaient auparavant d’un conventionnement de trois ans se sont retrouvées avec des conventions de deux ans après la réforme. Pourtant, deux ans constituent aujourd’hui une durée très courte au regard des réalités de production : monter un projet artistique peut désormais nécessiter à lui seul deux années de travail. De la même manière, les critères actuels continuent souvent à valoriser le nombre de créations ou de représentations réalisées. Or les artistes n’ont pas toujours besoin de produire davantage ; ils ont parfois besoin de plus de temps pour chercher, expérimenter, approfondir leur travail. La création ne peut pas être soumise à une logique de rendement.
C’est pourquoi nous pensons que les critères d’évaluation doivent évoluer. Dans un contexte marqué par la baisse de la diffusion, il devient nécessaire de mieux prendre en compte l’impact territorial, social et culturel des compagnies, ainsi que la qualité de leur présence artistique dans la durée. C’est à cette condition que la notion de permanence artistique pourra réellement trouver sa place dans les politiques publiques.
Le rapport défend une vision très large de la danse, incluant pratiques amateurs, participation citoyenne et création professionnelle. Comment articuler ces différentes dimensions sans affaiblir l’exigence artistique ?
La question des pratiques amateurs est aujourd’hui particulièrement sensible. D’un côté, les Français n’ont jamais autant dansé. La danse figure parmi les pratiques culturelles les plus répandues, et les réseaux sociaux ont largement contribué à renforcer cette appétence pour le mouvement et l’expression chorégraphique. Il existe un véritable désir de danse dans la société.
Mais ce constat s’accompagne d’un paradoxe : cette pratique croissante ne se traduit pas nécessairement par une fréquentation accrue des œuvres chorégraphiques professionnelles, notamment de la danse contemporaine. Cela interroge directement les enjeux de démocratisation culturelle.
Parallèlement, nous assistons à une forte augmentation des créations participatives, des projets impliquant des habitants ou des amateurs. Ces démarches peuvent être extrêmement riches, mais elles méritent d’être interrogées. Pourquoi se développent-elles autant aujourd’hui ? Quels objectifs poursuivent-elles réellement ? Quelle place accordent-elles aux participants ?
Nous observons parfois que certains élus privilégient ces projets parce qu’ils sont moins coûteux que des actions d’éducation artistique et culturelle menées sur le temps long. Ils permettent de mobiliser un grand nombre de personnes et rencontrent souvent un accueil favorable auprès des habitants. Cependant, nous constatons également l’absence de véritables cadres éthiques pour accompagner ces démarches.
Il est essentiel de revenir au sens même de la participation. Participer, c’est prendre part, apporter une contribution et en retirer un bénéfice. Or cette dernière dimension est rarement interrogée. Bien sûr, ces expériences peuvent être profondément joyeuses et fédératrices. Danser avec cent personnes produit une énergie collective remarquable. Mais cela ne dispense pas de se demander si chacun y trouve réellement sa place, si toutes les voix sont entendues et si les bénéfices de la participation sont équitablement partagés.
Cette réflexion est d’autant plus importante dans le contexte actuel du secteur. Pour des raisons économiques, il est parfois plus facile de réunir quarante danseurs amateurs que de mobiliser un nombre équivalent de professionnels. Mais cela ne doit pas conduire à opposer les uns aux autres ni à substituer systématiquement les pratiques amateurs au travail artistique professionnel.
La question du consentement est également essentielle. Les danseurs professionnels exercent un métier dont ils connaissent les exigences. Pour les amateurs, la situation est différente. Ils arrivent avec des attentes diverses, parfois sans mesurer pleinement ce qui leur est demandé ni ce que le projet implique. Il faut donc veiller à ce que leur engagement repose sur un consentement éclairé et constamment réaffirmé tout au long du processus.
C’est pourquoi nous plaidons pour l’élaboration d’une véritable charte à destination des compagnies et des lieux qui développent ce type de projets. Aujourd’hui, il existe très peu d’outils permettant d’encadrer la création participative et les pratiques amateurs. Pourtant, les questions éthiques sont nombreuses : comment éviter l’instrumentalisation des participants ? Comment garantir leur place réelle dans le projet ? Comment préserver la liberté de création de l’artiste tout en respectant les personnes impliquées ?
Car il arrive que certaines initiatives répondent davantage à des objectifs de communication ou d’affichage politique qu’à une véritable ambition artistique ou sociale. Dans ces cas-là, le risque est de détourner la participation de son sens premier.
Un dernier mot ?
Ce que nous portons aujourd’hui n’est pas un énième plan de plus. C’est une démarche collective et fédératrice qui dépasse largement le seul cercle des chorégraphes. Ces derniers mois, nous avons vu émerger une véritable dynamique, une visibilité nouvelle autour de la danse, et cela fait du bien. Hier encore, à Avignon, à la Belle Scène Seine-Saint-Denis, nous avons ressenti un élan partagé, une envie commune d’avancer et de construire ensemble.
Nous savons que le calendrier est serré. Les prochains mois seront décisifs pour faire entendre notre voix, dans un contexte marqué à la fois par les échéances politiques à venir et par les arbitrages que les collectivités territoriales sont en train de préparer. Mais nous abordons cette période avec détermination.
Ce qui est particulièrement encourageant, c’est que nous sommes parvenus à dépasser les logiques corporatistes. La réflexion engagée rassemble aujourd’hui une grande diversité d’acteurs qui partagent une même conviction : la danse a toute sa place dans les grands enjeux de notre société.
La prochaine étape, dès l’automne, sera d’aller à la rencontre du public. Nous voulons parler de la danse, bien sûr, mais aussi des métiers qui la font vivre, des réalités du quotidien des artistes et de tout ce que la danse apporte à la société. Dans chaque région, au sein de lieux dédiés à la danse, nous organiserons des temps d’échange et de rencontre pour ouvrir ce dialogue avec les citoyens.
Car la danse est bien plus qu’une discipline artistique. Elle constitue un patrimoine vivant.
C’est avec cette énergie et cette conviction que nous voulons poursuivre le mouvement : faire mieux connaître la danse, renforcer sa place dans la société et rappeler qu’elle est un bien commun dont chacun peut s’emparer.
Propos recueillis par Cédric Chaory
Visuels : Mélanie Perrier.
Ce que peut la danse – 20 propositions pour un aménagement chorégraphique territorial – Syndeac
