Rosas danst Rosas – Anne Teresa de Keersmaeker

Ce mardi 19 mai, au Triangle, Cité de la danse, à Rennes nous découvrons Rosas danst Rosas, pièce emblématique de Anne Teresa De Keersmaeker créée en 1983 pour la compagnie Rosas. Dès les premières minutes, quelque chose s’installe dans le corps du spectateur : une sensation de rythme, de tension, presque d’attente physique.

Les danseuses tombent, se redressent, recommencent. Les gestes se répètent jusqu’à devenir autre chose. Une main passe dans les cheveux, une épaule bascule, une respiration traverse l’espace. Plus les mouvements reviennent, plus ils se chargent d’épuisement, de sensualité et d’obstination. Le moindre geste du quotidien devient ici matière chorégraphique.

La scénographie dépouillée laisse toute la place aux corps et à leur précision presque mécanique. Pourtant, derrière cette rigueur géométrique, quelque chose déborde constamment : la fatigue, le souffle, l’urgence. Les courses répétées, les chutes, les mouvements assis sur les chaises créent une sensation d’hypnose. Nous finissons par respirer avec elles.

La musique de Thierry De Mey et Peter Vermeersch martèle le plateau comme une pulsation continue. Les corps semblent pris dans une boucle, entre résistance et abandon. La répétition devient alors un langage à part entière, une manière de creuser le mouvement jusqu’à l’obsession. Certaines séquences frappent par leur puissance visuelle. Les bustes se plient brusquement, les cheveux fouettent l’air, les regards se détournent avec une précision presque musicale. Il se dégage de l’ensemble une féminité étrange, jamais figée, quelque chose de brut et de profondément vivant.

Avec Rosas danst Rosas, Anne Teresa De Keersmaeker construit une pièce radicale et magnétique où le temps semble se dilater. À force de répétitions, les gestes deviennent une peau seconde, une vague insistante qui caresse et érode à la fois. Le spectacle nous laisse dans un état suspendu, comme si les corps continuaient de danser en nous, longtemps après la dernière pulsation, dans une chaleur persistante, presque sensuelle, où le mouvement devient souvenir liquide et respiration partagée.

Anne Chauvin pour la Compagnie Erébé Kouliballets

© Anne Van Aerscho