Valse avec W… – Marc Lacourt

Comme ça s'écrit : Wrondistilblegretralborilatausgavesosnoselchessou

Des cowboys, un frigo, de la moquette, des monstres… et une joyeuse pagaille ! Avec Valse avec W…, danse effervescente de corps et d’objets, Marc Lacourt explore le plaisir du collectif, là où même les peurs deviennent source d’amusement. Fondateur de MA compagnie en 2018 à Bordeaux, le chorégraphe façonne un espace où la danse se réinvente sans cesse. Son travail transforme le quotidien en un terrain d’exploration où les objets s’animent, les espaces se transforment et l’étonnement devient un moteur de création.

Dans Valse avec W…, présenté à La Coursive, cinq danseurs donnent corps à un univers mouvant où s’entrelacent objets suspendus et créatures fantastiques. Ce chaos maîtrisé déconstruit la peur du monstre pour en faire un jeu, une célébration du mouvement et du plaisir d’être ensemble. Ah, la valse ! Danser en tournant et tourner en dansant jusqu’à en perdre le Nord, le Sud, et même un peu de dignité. Mais ici, c’est une valse en W, comme « Wouhou ! » ou peut-être « What the hell is going on? »

Tout commence dans un salon vintage, version brocante post-apocalyptique où des reproductions de Soulages côtoient Brueghel et Modigliani dans un joyeux désaccord chromatique. Un bazar savamment orchestré, empilement de livres instables, tableaux qui ne tiennent pas plus en place que les interprètes eux-mêmes. On dirait que la scénographie s’est échappée d’une vente aux enchères d’un collectionneur atteint de tremblements. Le décor menace de s’effondrer à chaque instant, et il le fait. Répétitivement. Magnifiquement. À croire qu’un poltergeist facétieux a mis la main sur les plans techniques.

Sur le plateau, des danseurs et danseuses surgissent et disparaissent comme des électrons trop libres. Une aveugle qu’on guide, un homme rampant façon Dragon de Komodo, et voilà que les gamins du public sont happés. Ça rigole, ça écarquille les yeux, ça ne comprend pas grand-chose, mais ça n’a pas besoin. Elvis Presley murmure un Love Me Tender nostalgique, juste avant que la bande-son ne s’embarque dans un tour du monde des tubes oubliés, une radio vintage en crise d’identité

Chaque fois qu’un tableau tombe (et mon Dieu, qu’ils tombent souvent !), une boucle chorégraphique s’enclenche. Une farandole de grimaces, de jeux de cache-cache, de courses-poursuites absurdes où l’on court après tout et n’importe quoi : des livres en rébellion, un tabouret fugueur, la raison elle-même peut-être. Un petit chaperon rouge bondissant cherche désespérément à éteindre la lumière pendant que ses colocataires s’acharnent à élaborer une chorégraphie dont eux-mêmes semblent douter de la nécessité. Et puis la radio devient folle. Elle aussi.

Soudain, les monstres débarquent, en mode Cousin de la Famille Adams (très en cheveux donc); ils ont cette aura à mi-chemin entre l’adorable et l’inquiétant. Les livres prennent leur indépendance, le plateau fleurit sous une pluie de pétales tombés des cintres comme une bénédiction surréaliste. Et puis, il y a la participation du public via le transfert d’œuvres d’art. Petites mains enthousiastes, agitation générale : tout y est. Derrière moi, une enfant cherche un sens à tout cela. Bonne chance, ma chère ! Ses camarades, eux, se sont déjà laissés emporter par la spirale joyeusement absurde de cette valse incontrôlable.

Et à la fin ? Est-ce qu’il y a une fin ? Pas vraiment. Un des interprètes s’évanouit, tombe comme les tableaux. Le décor pend du plafond, les monstres rôdent encore, et la seule certitude qui demeure, c’est que ça danse. Ça danse malgré tout. Comme le résume aux jeunes spectateurs Marc Lacourt lors des applaudissements : « y’a des arbres, des tableaux, des fleurs, on a essayé d’inventer un monde, et si à un moment donné tout s’est écroulé, ça ne fait rien: continuer de danser. Danser ». Parce que comme disait Pina Bausch : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus. »

Cédric Chaory
®Pierre Planchenault

Vu à La Coursive le vendredi 21 mars 202