Le temps d’aimer la danse 2025

Le temps d’aimer la danse, entre élans chorégraphiques et vibrant adieu

Du 5 au 15 septembre, la 35e édition du festival Le temps d’aimer la danse proposera 75 rendez-vous dans 17 villes, marquant une expansion inédite. De Barcus à Biarritz, la danse investira scènes et lieux insolites, de la Gare du Midi à la salle de l’Atalaye. Forte de ses 35 000 spectateurs en 2024, la manifestation poursuit sa dynamique en alliant proximité avec le public et souci écologique. Nos immanquables de cette édition.

Depuis trente-cinq étés, Biarritz vibre au rythme du festival Le Temps d’Aimer la Danse, événement rare par son ampleur territoriale, son exigence artistique et l’adhésion populaire qu’il suscite. De ville en ville, de scène en place, c’est une vaste cartographie chorégraphique qui se déploie entre Pays Basque nord et sud jusqu’au Béarn. Un festival généreux, solidement ancré et joyeusement ouvert. Cette année, l’édition 2025 s’annonce plus foisonnante que jamais. 23 compagnies en salle, 37 représentations, 75 événements dont 34 gratuits, et une présence dans 17 communes, dont quatre nouvelles venues (Hendaye, Barcus, Itxassou, Hasparren). Autant dire que la danse ne se contente pas de tourner sur elle-même à Biarritz : elle rayonne.

À la barre, toujours, Thierry Malandain. Chorégraphe rigoureux et poète du geste, il signe cette année une avant-dernière programmation en tant que directeur du Centre Chorégraphique National Ballet Biarritz (NDLR: Il dirige le CCN jusqu’au 31 décembre 2026, Martin Harriague lui succède le 1er janvier 2027). Ce départ n’a rien d’un crépuscule : c’est un chant d’aurore porté par une édition ambitieuse, généreuse et profondément enracinée.

Une vitrine pour les danses, toutes les danses

LeTemps d’Aimer 2025 s’orchestre autour de quatre axes thématiques qui tracent les lignes d’une programmation aussi savante qu’intuitive : les académiciens, les ballets européens, les compagnies du territoire, et la danse comme terrain de conversations. Moment fort et inédit : la réunion des quatre académiciens de la section chorégraphique de l’Académie des Beaux-Arts. Une scène française réunie sous le signe de la transmission, de l’excellence et de la diversité des écritures.

Côté compagnies, c’est une danse qui vient de partout — des grandes institutions aux scènes émergentes, du hip hop aux néo-classiques — mais qui sait aussi faire place aux artistes d’ici. Une mise en lumière saluée par l’institut Etxepare, avec le programme Ça colle au basque !, qui consacre huit compagnies du territoire et favorise la rencontre entre artistes, programmateurs et presse.

Ballets de mémoires et de pulsations

L’ouverture du festival donne le ton avec La Chambre d’amour de Thierry Malandain, remontée pour l’occasion. Cette pièce, la première qu’il créa à son arrivée à Biarritz en 2000, résonne comme un hommage à une terre d’accueil et d’inspiration. Un cycle qui se referme en beauté, face à l’océan.

Autre moment de transmission vive : Une passion dévoilée du duo Brumachon-Lamarche. Une traversée touchante de quarante années de danse contemporaine, racontée en duo, entre humour et mémoire vive. Et comme un feu d’artifice d’adieux, ils présentent Hors norme, ultime pièce de leur répertoire. Une célébration dansée, intense, incandescente, avec les interprètes de toujours.

Le festival se fait aussi le témoin d’un monde en friction. Dans America, Martin Harriague tisse une fresque mordante sur le rêve américain, portée par la fougue du Ballet de l’Opéra Grand Avignon, entre Nina Simone et Killswitch Engage. Carolyn Carlson, elle, livre avec The Tree un chant d’amour au vivant. Une dernière création pour sa compagnie, d’une poésie graphique saisissante, entre feu et encre.

Un monde de danses à converser

Ce Temps d’Aimer est aussi celui de la conversation. Kukai Dantza, Jon Maya et Jesús Rubio Gamo font résonner la txalaparta basque dans une écriture percussive et volatile. Le collectif HEDO, guadeloupéen, dialogue avec le compositeur Kristof Hiriart autour du thème du « départ contraint », dans Douslèt, pièce douce-amère née d’une coopération entre artistes caribéens et basques.

Dantzaz, fabrique chorégraphique du Pays Basque, s’ouvre à trois voix du monde : Paolo Mohovic, Jacek Przybylowicz, Gil Harush. Ensemble, ils livrent un portrait chorégraphique pluriel du territoire, traversé par l’Océan, les rites, les paysages, les voix.

Côté prestige, le London City Ballet, ressuscité sous la houlette de Christopher Marney (ancien du Ballet Biarritz), retrouve la scène internationale après trente ans d’absence. À la Gare du Midi, la compagnie offre une soirée virtuose aux parfums de Balanchine, MacMillan, Ratmansky et Scarlett. L’héritage est vivant, lumineux.

Une révérence signée Preljocaj

Enfin, pour clôturer cette édition, Requiem(s) d’Angelin Preljocaj. Deux soirées comme deux veillées chorégraphiques. Le deuil y est matière à élévation. Porté par les musiques de Mozart, Bach, Ligeti, et par les 19 danseurs du Ballet Preljocaj, ce double requiem s’avance en somptueux hommage à la vie, à l’art, à la disparition.

Cédric Chaory

© Julien Palus

Festival le Temps d’Aimer la danse – Biarritz