Isabelle Martin-Bridot

À Avignon, la danse tient sa place et regarde vers l’avenir

À l’issue d’une édition 2025 particulièrement dense du festival L’été (on y) danse aussi, Isabelle Martin-Bridot, directrice des Hivernales CDCN d’Avignon, dresse un bilan enthousiaste. Entre fréquentation au beau fixe, artistes confirmés et jeunes talents à découvrir, la programmation a su trouver son public. Dans cet entretien, elle revient également sur la collaboration prometteuse avec le Festival IN, défend la place de la danse à Avignon, et lève le voile sur les grandes lignes de la rentrée du CDCN, entre résidences, actions culturelles et temps fort hivernal.

Quel bilan faites-vous de cette édition 2025 ?

Je suis satisfaite de cette belle édition, tant sur les propositions artistiques que les Hivernales ont offertes, que sur la fréquentation du public, la présence en nombre des programmateurs et des journalistes. Je n’ai pas encore les chiffres définitifs, mais je suis certaine que nous sommes dans la lignée de 2024, qui fut une année exceptionnelle. Les chorégraphes Bruno Pradet et Sylvain Riéjou ont remporté un vif succès auprès du public, tandis que de jeunes chorégraphes comme Soraya Leila Emery ou Sylvia Pezzarossi ont pu présenter leurs premières pièces. Nous assumons aussi pleinement qu’une artiste comme Mélanie Demers, avec sa pièce Confession Publique, n’ait pas fait salle comble. Dans notre salle de 180 places, ce solo — exigeant — n’a peut-être pas bénéficié du cadre intimiste que la pièce requiert. Mais je sais que la chorégraphe québécoise et son interprète, Angélique Wilkie, ont apprécié cette aventure avignonnaise à nos côtés. Je suis également très fière de mon équipe. Nous avons repensé notre manière de travailler cette année, avec des horaires mieux adaptés. Le Festival d’Avignon est un moment grisant, mais intense. Il était nécessaire de nous ménager collectivement pour vivre ces festivités le plus agréablement possible. Je pense que cela a fonctionné. L’équipe a été formidable, et je suis ravie des retours des compagnies qui louent notre accueil et notre disponibilité.

Vous avez entamé une première collaboration avec le IN ?

C’est une vraie satisfaction de collaborer avec le Festival IN. Échanger avec l’équipe de Tiago Rodrigues est simple et fluide. Je le remercie pour sa présence auprès des structures de la ville, pas uniquement lors du festival. Il met la Fabrica à notre disposition en février. Tiago, mais aussi Magda Bizarro, sont également présents lors de notre festival Les Hivernales, en février. Ils ont une vraie curiosité pour la danse, et cela me réjouit profondément. J’espère que cette collaboration entamée cette année, avec Mohamed Toukabri et sa pièce Everybody-knows-what-tomorrow-brings-and-we-all-know-what-happened-yesterday, va se poursuivre. Nous en discutons déjà avec Géraldine Chaillou. Le Festival d’Avignon souhaite a souhaité collaborer avec notre CDCN car nous sommes engagés pour la création, l’émergence et le soutien aux artistes. C’est une vraie une vraie prise de risque. Je pense aussi au Théâtre des Doms — dirigé par Sandrine Bergot —, à la Sélection Suisse pilotée par Esther Welger-Barboza, ou encore à nos amis du Québec qui, eux aussi, mettent en lumière de jeunes talents et des pièces singulières. Sandrine souhaite poursuivre sa collaboration avec les Hivernales, et c’est une excellente nouvelle pour la danse. Sous la direction d’Alain Cofino Gomez, nous avions programmé des artistes belges déjà reconnus comme Ayelen Parolin ou Leslie Mannès. Sandrine a misé sur une jeune autrice. C’est risqué et courageux, et je la soutiens en toute confiance dans le regard qu’elle porte sur la danse. J’aime accompagner et soutenir les nouveaux talents. J’ai lu que la danse ne représente que 5 % de la programmation des festivals IN et OFF. Sur 1 730 spectacles, tout juste 90 sont des œuvres chorégraphiques. L’art chorégraphique peine à exister à Avignon, mais incontestablement, nous sommes là. On résiste, on progresse. 

Concernant Confession Publique de Mélanie Demers, j’ai eu la chance de découvrir la pièce au CN D de Lyon. J’étais seule en studio avec Angélique Wilkie. Ce fut un moment incroyable de la voir performer si proche de moi. Il m’a semblé évident que ce solo devait être programmé peu de temps après ce procès qui a secoué Avignon et le monde entier : celui de Gisèle Pélicot. Confession Publique parle profondément du corps des femmes, du consentement…

Passée la pause aoûtienne, le CDCN va proposer à nouveau une programmation annuelle. Pouve-vous nous en dévoiler les grandes lignes ?

A l’automne, Les Hivernales ne sont pas à proprement parler un lieu de programmation, mais un lieu dédié à la résidence. Nous sommes partenaires du dispositif créé par Anne Sauvage de l’Atelier de Paris : STUDIO D, une plateforme pour des chorégraphes qui n’ont pas de lieu de résidence. Notre saison sera donc ponctuée, comme chaque année, de sorties de résidence en lien avec des publics jeunes ou moins jeunes, et d’ateliers pour amateurs. Fin septembre, nous programmerons, dans le cadre du festival C’est pas du luxe — qui met en lumière des projets artistiques co-réalisés avec des artistes professionnel·les, des personnes en situation de précarité et des citoyen·nes de tous horizons —, un bal participatif mené par Marinette Dozeville. Puis en octobre, ce sera à nouveau la valse des résidences : Léa Vinette, la compagnie Oxiput, celle de Naïf Production. Nous serons également aux côtés de Nans Pierson, artiste avignonnais très actif sur le territoire. Et bien sûr, en février, ce sera notre temps fort : le festival. Mais nous en reparlerons très bientôt ! 

Propos recueillis par Cédric Chaory 

©  Thomas Bohl

Les Hivernales – CDCN d’Avignon