Sur le fil – Cie Pyramid

En équilibre, au sommet de son art

On peut clairement parler de triomphe pour la 11ème pièce de la compagnie hip hop Pyramid. Créée à La Coupe d’Or de Rochefort et jouée dans la foulée au festival Shake La Rochelle, Sur le fil fait salle comble et ravit les spectateurs.

Dans la pénombre poussiéreuse d’une pièce où s’entasse un bric-à-brac de meubles vintage somnolent 5 danseurs. Lentement, au gré de la musique (signée Jean du Voyage), ils s’éveillent, s’observent avant que ne surgisse un trublion, grand échalas déguingandé bouquet de fleurs à la main. Sur le fil est lancé !

Entre poésie burlesque et moment de bravoure hip-hop, la pièce vous emporte dans un univers à la douce nostalgie, questionnant subtilement la notion du temps et de l’attente, « ce moment de transition, vécu seul ou en groupe, entre rêve et réalité, où chacun cherche son propre chemin d’évasion, dans l’antichambre de ses pensées. »

Qu’est-ce donc que l’attente ?, mais aussi (et surtout) qu’attend-on de la vie, de son prochain ? De son prochain, on attend bien souvent du réconfort, un bras qui se tend quand on sombre. Et ils sont nombreux dans la pièce ces bras qui s’étirent vers l’autre, signature évidente de la création. On devine aisément que la troupe de Rochefortais, amis d’enfance, s’est soutenue vaille que vaille durant toutes ces années pour devenir aujourd’hui une des valeurs sûres du hip hop hexagonal, fierté du département. Soudés, les artistes n’ont jamais été autant à l’écoute les uns aux autres, leur danse aussi évidente.

Parfaitement équilibré dans ses intentions artistiques où le mouvement compte autant que l’interprétation, où la musique colle parfaitement à l’univers scénographique, Sur le fil serait-elle la pièce de la maturité, expression certes galvaudée mais qui témoigne du nouveau chapitre s’ouvrant à la compagnie ?

C’est d’autant plus déroutant qu’au plateau l’équilibre est bien ce qui semble faire défaut au décor : aucune chaise, certainement usée par le temps et astucieusement trafiquée et manipulée, n’est capable d’offrir une solide assise, et sert de prétexte à de nombreux gags que les enfants, présents massivement le jour de la représentation – scolaire oblige – ont savouré avec force éclats de rire.

On rit beaucoup dans Sur le fil, que l’on soit adulte ou enfant car les esprits de Charlie Chaplin et de Buster Keaton hantent la pièce. Il y a aussi du Tati. Des madeleines de Proust pour tous, servies avec une interprétation succulente. Question de maturité là aussi : la compagnie Pyramid est arrivée au plus beau de son art  via la justesse de son jeu, sans parler de sa maîtrise de la technique hip hop. On rit et on rêve aussi le temps de la Valse à mille temps de Jacques Brel, assurément acmé de Sur le fil : le solo de Nicolas « Zyko » Monlouis, nouvelle recrue de la compagnie, est à ce jour le plus beau moment hip hop qui m’ait été donné de voir sur scène. Et j’imagine que la centaine d’enfants qui découvrait, bouche bée, ce chef d’œuvre de la chanson française, ne me contredirait pas.

Cédric Chaory

©SLF